Yzhali Pendar

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Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar

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Archive N°42 à 46 - Juin +98 ABY - Journal Personnel - Visite sur Zeltros - Journal
Archive N°42 à 46 - Juin +98 ABY - Journal Personnel - Visite sur Zeltros - Journal

JOUR 1 sur Zeltros

Hameau à 150km de la capitale :

Enregistrement holographique personnel - Archive N°42 - Padawan Yzhali Pendar

Zeltros - fin de première journée
Statut : Journal privé

<Un léger grésillement traverse l’image. La silhouette holographique d’Yzhali apparaît, assise en tailleur sur un coussin bas, les cheveux encore un peu humides, les épaules couvertes d’un tissu léger aux reflets nacrés. Derrière elle, on devine une lumière chaude, presque rose, et les sons lointains d’une soirée zeltronne qui n’a pas encore vraiment décidé de se terminer. Elle inspire doucement, hésite, puis sourit avec une fatigue heureuse.>

Je lance cet enregistrement avant de dormir. Enfin… avant d’essayer de dormir. Je ne sais pas si quelqu’un dort vraiment facilement après une première journée sur Zeltros. Même quand on y est née.

Nous sommes arrivés aujourd’hui avec le groupe Jedi volontaire, à bord du Protecteur, sous la conduite de Maître Kéar. L’objectif officiel était simple : rejoindre le hameau choisi pour accueillir les premières bases de l’avant-poste Jedi, apporter du matériel, rencontrer les habitants, prendre la mesure des lieux. En apparence, une mission douce. Diplomatique, presque reposante. Mais avec Zeltros, rien n’est jamais seulement ce qu’il paraît être.

Le départ depuis le temple était déjà… animé. Nelya semblait particulièrement impatiente, et pas seulement parce qu’elle connaît déjà la planète. Disons que je n’ai pas besoin de beaucoup d’effort pour sentir ce genre de joie chez quelqu’un. Elle rayonnait. Kael, lui, a commencé à poser des questions sur Zeltros avec son absence habituelle de filtre. Il voulait comprendre ce qu’il y avait de si spécial à découvrir ici, il a parlé de reproduction, de criminalité, de mollesse, de drogue, de prélassement… enfin, toutes ces choses que les gens imaginent quand ils ne connaissent de mon peuple que des rumeurs incomplètes et des récits racontés par des voyageurs qui n’ont souvent vu que ce qu’ils étaient venus chercher.

J’ai essayé de lui expliquer. Calmement. Zeltros n’est pas une absence de règles. Ce n’est pas une planète sans structure, sans valeurs ou sans profondeur. C’est simplement un monde où les émotions ne sont pas traitées comme des faiblesses honteuses. Elles sont là, visibles, partagées, vécues. Les Zeltrons cherchent ce qui rend l’existence plus belle, plus légère, plus intense parfois, mais pas forcément plus vide. C’est une autre culture. Une autre manière d’habiter son propre corps, son propre cœur, son rapport aux autres.

J’ai aussi parlé des phéromones. De cette atmosphère particulière qui imprègne tout, à laquelle nous sommes habitués, nous autres Zeltrons, mais qui surprend toujours les visiteurs. Je crois que Kael s’attendait presque à une attaque physique. Quelque chose qui bondirait hors de l’air pour le frapper au visage. Rhena lui a murmuré que ce n’était pas physique. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui souffler que c’était magique. C’était un peu cruel. Mais il était si sérieux.

Pendant le trajet, Maître Kéar a annoncé que Finn serait là.

Finnéas.

J’aurais dû m’y attendre, peut-être. Et pourtant, cette annonce m’a traversée plus fort que je ne pensais. Cela faisait longtemps que je n’étais pas revenue. Longtemps que je n’avais pas respiré l’air de ma planète. Longtemps que je n’avais pas revu certains visages liés à ce que j’ai été avant… et à ce que j’ai perdu entre-temps. Je crois que mon malaise s’est échappé malgré moi. Kael l’a senti. Nelya aussi, probablement. Sur Zeltros, même avant d’y être, il est difficile de cacher ce qui serre le cœur.

Quand le Protecteur est sorti de l’hyperespace, j’ai revu mon monde.

Je pourrais dire qu’il était magnifique, mais ce serait insuffisant. Zeltros n’est pas seulement belle. Elle a cette manière d’être vivante jusque dans la lumière. Les forêts tropicales semblaient étinceler sous nous, les cités se dressaient avec cette arrogance gracieuse que seuls les peuples heureux assument vraiment, et les ciels portaient des couleurs qu’aucun temple, aucune académie, aucun monde froidement parfait ne peut imiter. Kael l’a comparée à Naboo. J’ai souri. Naboo est belle, oui. Mais Zeltros… Zeltros est un paradis. Le mien.

À mesure que nous descendions, j’ai senti quelque chose se détendre en moi. Une part de moi que j’avais gardée crispée depuis trop longtemps. Je revoyais des paysages de mon enfance, des contours familiers, des nuances de ciel, cette façon qu’a le soleil de caresser la peau comme s’il reconnaissait ceux qui reviennent. J’étais heureuse. Triste aussi. Fière. Inquiète. Tout en même temps. Ici, les émotions ne se succèdent pas toujours. Elles dansent ensemble.

Nous avons atterri près d’un hameau en construction, à environ cent cinquante kilomètres de la capitale. Maître Kéar a prévenu tout le monde avant l’ouverture de la rampe : les phéromones allaient frapper fort.

Et elles l’ont fait.

L’air est entré comme une vague tiède. La lumière a semblé devenir plus chaude. Les cœurs se sont accélérés. Les regards sont devenus plus brillants. Tout semblait soudain plus drôle, plus beau, plus proche. Les visiteurs ont été pris par cette euphorie que je connais si bien. Kaga a inspiré comme si elle revenait dans un bain chaud après une longue campagne. Nelya a changé d’aura presque instantanément, comme un ciel d’orage prêt à éclater. Kael, lui, a commencé à regarder partout avec cette joie pure et incontrôlée d’enfant sauvage.

Moi, j’ai respiré.

Simplement respiré.

J’étais chez moi.

Finn nous attendait. Torse nu, chemise sur l’épaule, une pelle à la main, couvert de sueur, naturellement trop lumineux pour que l’on puisse prétendre ne pas l’avoir vu. Il a accueilli le groupe avec ce mélange d’aisance, de chaleur et d’insolence douce qui lui appartient. Kael lui a sauté dessus pour lui montrer ses progrès en Broken Gate, comme si la meilleure manière de dire bonjour consistait à réclamer un combat immédiatement. Finn l’a calmé avec patience.

Puis il m’a vue.

Il m’a appelée par mon nom comme s’il retrouvait une version de moi qu’il avait gardée quelque part intacte. Il a pris ma main, m’a fait un baise-main, avec ce vieux charme presque théâtral qui m’aurait probablement fait rire autrefois. Je crois que j’ai souri. Mais je suis restée prudente. Finn est lié à des souvenirs difficiles. Pas à cause de lui. Au contraire. Mais certains visages deviennent des portes vers des pièces qu’on n’a pas encore osé rouvrir.

Je lui ai dit que j’étais heureuse de le revoir. C’était vrai. Je crois qu’il a senti le reste aussi. La reconnaissance. La réserve. Le poids de ce que nous n’avons jamais vraiment eu l’occasion de dire. Plus tard, je lui ai confié que je ne l’avais jamais remercié comme il le méritait. Il m’a répondu que me retrouver en bonne santé était déjà une récompense suffisante. C’était très Finn. Léger dans la forme, sincère dans le fond. J’ai eu du mal à répondre.

Le reste du groupe, pendant ce temps, découvrait Zeltros à sa manière.

Kael a littéralement grimpé dans un arbre. Il a commencé à imiter un Tusk Cat, à miauler, à réclamer de jouer, et Ashe a fini par entrer dans son jeu. Les phéromones ont réveillé chez lui quelque chose de très animal, mais pas dangereux. Plutôt une envie de lutte, de mouvement, de roulade, de défi physique sans agressivité. Ashe a accepté le combat avec beaucoup trop de plaisir pour prétendre que ce n’était qu’une manière de l’occuper. Kaga a sorti une balle. Rhena a essayé de le faire descendre. Nelya a fini par utiliser un spray d’eau comme si elle essayait de calmer un animal trop excité. Je crois que je n’avais pas autant ri depuis longtemps.

Il y avait aussi Lilaï, sortie d’une caisse, qui s’est plainte de son transport et a insulté Kael avec une lucidité féline remarquable. Cette petite a vraiment un talent pour résumer les situations.

Finn a ensuite annoncé que les habitants avaient préparé un repas en notre honneur. Le banquet était installé au milieu du hameau, sans protocole pesant, sans places fixes, sans séparation nette entre invités et hôtes. Chacun se servait, se déplaçait, parlait, riait, goûtait à tout. C’était exactement ce que j’aime dans les rassemblements zeltrons : personne ne vous force à être au centre, mais personne ne vous laisse vraiment seule non plus.

Les Jedi ont été immédiatement happés par l’ambiance.

Kaga a profité de la nourriture et des discussions avec une aisance solide. Ashe, malgré la poussière de sa lutte avec Kael, a attiré beaucoup de regards et s’est retrouvée à parler avec des habitantes visiblement très réceptives à sa présence. Elle a gardé une certaine retenue Jedi, mais je crois qu’elle a apprécié l’attention. Rhena observait beaucoup, plus discrète, touchée par la joie simple de ce peuple. Finn est allé lui parler avec sa chaleur habituelle. Elle semblait un peu perdue, mais pas malheureuse. Peut-être que Zeltros lui a offert, pour quelques instants, l’image d’une vie plus douce.

Kael, lui, a découvert le vin.

Il ne savait pas que c’était du vin.

Il l’a bu comme de l’eau.

Puis il en a repris.

Puis il a pris directement une bouteille.

Le voir essayer de comprendre pourquoi la chaleur de la planète semblait soudain lui taper davantage sur le crâne était à la fois inquiétant et extrêmement drôle. Il voulait refaire du catch, danser, poser des questions, manger des quantités absurdes de viande et remercier tout le monde avec une révérence. Ashe a fini par retirer l’alcool de son sang avec la Force, comme on neutralise un poison. Je ne suis pas sûre que ce soit l’usage le plus académique de la guérison Jedi, mais c’était probablement nécessaire.

Nelya et Maître Kéar… ont été Nelya et Maître Kéar sur Zeltros.

Je ne dirai pas que c’était surprenant. La planète amplifie ce qui existe déjà. Elle ne crée pas tout à partir de rien. Elle révèle, elle pousse, elle colore. Nelya avait déjà cette tension en elle depuis notre arrivée. Son aura était vive, électrique, presque impossible à ignorer. Finn aussi produisait chez elle quelque chose de très fort. Mais c’est avec Maître Kéar qu’elle a fini par céder à l’instant, en l’embrassant devant tout le monde avec une passion qu’elle n’a pas réussi à contenir. Elle s’en est ensuite excusée. Lui l’a rassurée. Il lui a dit qu’elle n’avait rien fait de mal. Qu’il y a un moment pour tout. Et que Zeltros offre souvent ce moment.

Je crois que c’est là que la différence m’a frappée.

Pour beaucoup de mes compagnons, Zeltros est une expérience. Un choc. Une permission soudaine. Un monde qui les pousse à sortir d’eux-mêmes, à se montrer plus tendres, plus joueurs, plus audacieux, parfois plus imprudents. Ils sont comme des touristes fascinés par une fête dont ils ne connaissent ni les racines ni les limites. Ils voient la surface : la chaleur, les corps, les regards, les rires, les tentations.

Moi, je voyais aussi le reste.

Je voyais les natifs qui travaillaient encore quelques heures plus tôt dans les champs. Je voyais les jeunes femmes qui riaient autour du banquet parce qu’elles avaient préparé les sauces depuis le matin. Je reconnaissais certains accents, certaines manières de toucher une épaule pour saluer, certaines expressions héritées de quartiers de la capitale. J’ai parlé avec plusieurs habitants. J’ai pris des nouvelles. On m’a demandé d’où je revenais, ce que je faisais avec les Jedi, si la vie au temple était vraiment aussi austère qu’on le racontait. J’ai évoqué des souvenirs, des fêtes passées, des visages connus, des anecdotes de palais et de marchés. Pendant quelques instants, je n’étais plus seulement une padawan revenue avec une mission. J’étais une fille de Zeltros que l’on reconnaissait encore.

Cela m’a fait du bien.

Plus tard, quand les autres ont commencé à se perdre dans leurs propres frasques, je me suis éloignée un peu. Pas par jugement. Enfin… peut-être un peu. Mais surtout parce que je n’avais pas envie de vivre ma planète comme eux la vivaient. Je n’avais pas besoin de m’abandonner à toutes les promesses de la nuit pour me sentir libre ici.

J’ai rejoint quelques Zeltrons à l’écart, près d’un espace plus calme, éclairé par des lanternes basses. On m’a proposé un massage, puis des soins relaxants. Rien de spectaculaire. Rien de décadent. Juste des mains expertes, des huiles parfumées, des rires doux, des conversations à demi murmurées, cette manière très zeltronne de prendre soin du corps comme on prend soin de l’âme. On m’a demandé si la cicatrice me faisait encore mal. J’ai répondu que non. Ce n’était pas tout à fait vrai. Mais ce soir, elle me faisait moins mal.

Ensuite, il y a eu un bain de minuit.

L’eau était tiède, presque noire sous le ciel, avec des reflets roses et dorés qui tremblaient à la surface. Nous avons ri. Beaucoup. Quelqu’un a chanté faux. Quelqu’un d’autre a raconté une histoire ridicule sur un diplomate bith qui avait confondu une cérémonie de bienvenue avec une demande en mariage. J’ai nagé un peu. Pas longtemps. Juste assez pour sentir mon corps devenir léger, assez pour me rappeler que j’avais grandi sur un monde où la joie n’est pas forcément une fuite. Parfois, elle est une manière de survivre. De guérir. De dire : je suis encore là.

Je crois que c’est cela que je voudrais retenir de cette première journée.

Nous sommes venus établir un avant-poste Jedi. Officiellement. Mais je commence à comprendre ce que Maître Kéar cherche peut-être ici. Ce lieu ne servira pas seulement à poser du matériel, à entretenir des relations diplomatiques ou à offrir un point de présence au Nouvel Ordre. Zeltros pourrait devenir un refuge. Un endroit où les Jedi apprennent à respirer autrement. À ne pas craindre chaque émotion comme une fissure vers la chute. À comprendre qu’il existe une différence entre être dominé par ce que l’on ressent et savoir l’accueillir sans honte.

Je ne dis pas que ce sera facile.

Certains devront apprendre la mesure. D’autres devront apprendre à lâcher prise. Kael devra peut-être apprendre à reconnaître le vin avant d’en boire une bouteille entière. Nelya devra peut-être accepter que la passion n’est pas toujours une faute. Maître Kéar devra peut-être reconnaître qu’il ressemble plus à un Zeltron qu’il ne l’avouera jamais. Ashe devra prétendre encore un peu qu’elle n’a pas apprécié l’attention qu’on lui portait. Rhena, elle, devra peut-être découvrir qu’un peuple heureux peut exister sans que ce soit une illusion.

Et moi…

Moi, je devrai apprendre à revenir ici sans avoir peur de ce que ce retour réveille.

J’ai revu Finn. J’ai respiré l’air de ma planète. J’ai parlé avec mon peuple. J’ai ri dans l’eau sous le ciel de Zeltros. J’ai senti, pour la première fois depuis longtemps, que mon passé ne m’attendait pas seulement comme une ombre. Il pouvait aussi m’attendre comme une maison.

Ce soir, je suis fatiguée.

Mais je suis heureuse.

<Yzhali baisse un instant les yeux, passe une main dans ses cheveux encore humides, puis relève le regard vers l’enregistreur avec un sourire plus calme.>

Fin de l’enregistrement.

Et que la Force me donne assez de patience pour supporter les récits de demain matin.

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JOUR 2 sur Zeltros

Hameau à 150km de la capitale puis Palais Royale de Zeltros :

Enregistrement holographique personnel - Archive N°43 - Padawan Yzhali Pendar
Zeltros - fin de deuxième journée
Statut : Journal privé

<Un grésillement discret précède l’apparition de l’image. Yzhali est assise dans une chambre du palais, près d’une baie ouverte sur les jardins nocturnes. Ses cheveux bleus, encore un peu humides, tombent jusqu’à ses épaules en mèches souples et irrégulières, signe d’une repousse encore imparfaite. Elle porte une tenue légère prêtée par les appartements zeltrons, mais garde près d’elle sa bure Jedi soigneusement pliée. Son visage est calme, pourtant son regard trahit une fatigue plus lourde que la veille.>

Deuxième journée sur Zeltros.

Je pensais que cet enregistrement serait plus léger que le précédent. Je pensais parler du hameau, des travaux, de l’entraînement, peut-être d’Agarokka qui tombe sur le dos à cause des phéromones et d’une tentative de chatouilles diplomatiquement discutable.

Je pensais avoir le luxe de raconter une journée simple.

Je me suis trompée.

Ce matin, je me suis levée tôt. Plus tôt que beaucoup d’autres, je crois. L’air était encore doux, presque frais pour Zeltros, avec cette chaleur parfumée qui reste suspendue entre les plantes avant que le soleil ne monte vraiment. J’avais l’esprit clair. Pas embrumé, pas distrait, pas emporté comme certains visiteurs peuvent l’être ici. J’ai commencé par ma routine physique aux abords du village, puis j’ai enchaîné avec un long entraînement au sabre.

C’était étrange, mais agréable, de sentir mon corps travailler ici. Sur d’autres mondes, l’effort me ramène souvent à la discipline, à la rigueur, parfois à la douleur. Sur Zeltros, l’effort a une autre saveur. Même la fatigue semble moins sévère. Comme si la planète vous rappelait constamment que le corps n’est pas seulement un outil à maîtriser, mais aussi un compagnon à écouter.

Après cela, je suis montée sur un toit pour méditer.

Je me suis laissée glisser dans la Force, mais sans chercher le silence absolu. Ici, le silence n’existe presque pas. Même immobile, Zeltros chante. Le village débordait déjà d’émotions positives : la joie simple des ouvriers qui se saluaient, l’impatience des enfants, la tendresse de ceux qui préparaient le repas, la satisfaction de voir le hameau prendre forme peu à peu. J’ai essayé de ne pas me noyer dedans. J’ai essayé d’apprendre.

Je me suis aussi exercée à la télépathie.

Pas de manière brutale. Pas comme une intrusion. Plutôt comme on effleure la surface de l’eau du bout des doigts pour comprendre comment les cercles s’élargissent. Je commence à peine à saisir les rouages de cette capacité. Elle demande une délicatesse que je n’avais pas comprise avant. La pensée n’est pas une porte qu’on force. C’est une présence qu’on approche avec respect.

Plus tard, j’ai rejoint Nelya pour aider à la construction du hameau. Nous avons travaillé avec les habitants, et j’ai utilisé la télékinésie pour déplacer les matériaux les plus lourds. Cela m’a fait du bien. Aider concrètement. Porter, soulever, installer, faciliter le travail des ouvriers. L’avant-poste n’est plus seulement une idée négociée par Finnéas ou un projet évoqué par Maître Kéar. Il prend corps. Poutre après poutre. Pierre après pierre. Geste après geste.

Après plusieurs heures de labeur, je suis allée me doucher.

Je crois être restée trop longtemps sous l’eau chaude. Mais après une journée pareille, sentir l’eau glisser sur mes épaules, sur mes bras fourbus, sur ma peau encore couverte de poussière et d’odeur de bois coupé… c’était presque une méditation en soi.

En fin de journée, j’ai retrouvé Nelya, Ashe et Kaga. Kaga s’entraînait déjà, évidemment. Elle faisait virevolter ses sabres avec une concentration impressionnante, même ici. Ses lames jaune orangé et mauve profond se répondaient très bien. Je crois que les phéromones n’ont pas sur elle le même effet que sur les autres, ou plutôt qu’elle sait s’enfermer dans une bulle quand elle s’entraîne. Elle disait pourtant que ce n’était pas toujours évident. Je la crois.

Nous avons plaisanté. Beaucoup.

Je l’ai appelée “Vieille Kaga”. Elle m’a plus ou moins promis un poutrage dans les règles. J’ai rappelé que mon rang était Padawan, pas “jeune”. C’était puéril. C’était agréable. Ashe est arrivée en grignotant une brochette, les cheveux pas coiffés, de très bonne humeur. Nelya cherchait Maître Kéar. J’ai dit que la dernière fois que je l’avais vu, il prenait un bain. Cela a lancé toute une conversation sur l’Abhyanga, les sources chaudes sans murs, les massages aux huiles et aux herbes.

Je crois que Nelya a essayé d’imaginer la scène sans se poser trop de questions.

Puis j’ai senti une présence familière.

Agarokka. Mon co-pada.

Il venait d’arriver avec son vaisseau, qui ressemble toujours moins à un appareil spatial qu’à une énorme poubelle ayant survécu par rancune à toutes les lois de l’aérodynamique. C’était sa première fois sur Zeltros sans masque, et les phéromones l’ont visiblement frappé plus fort qu’il ne voulait l’admettre. Il avançait avec un pas presque léger, comme s’il ne savait plus trop où poser ses énormes pieds.

Je lui ai sauté dessus. C’était peut-être imprudent.

Il a titubé et nous sommes tombés tous les deux. Je me suis retrouvée étendue sur un matelas de poils, en train de rire comme une enfant. Il a ri aussi. Fort. Très fort. Un rire wookie, énorme, contagieux, qui résonnait dans la rue. Je l’ai accusé d’avoir failli finir dans une supernova en chemin, puis je l’ai chatouillé aux endroits que je connais trop bien. Il s’est vengé. Évidemment. Je me suis retrouvée bloquée sous lui, incapable de respirer correctement tellement je riais.

C’est à ce moment-là qu’un émissaire du palais est arrivé. Naturellement.

Un homme en longue toge blanche, portant le symbole de la famille royale. Il s’est présenté avec solennité, pendant que moi, héritière d’une famille noble de cour et padawan du Nouvel Ordre Jedi, j’étais couverte de poussière, de poils de wookie et en train de reprendre mon souffle après une bataille de chatouilles.

Zeltros a le sens du timing. Il s’appelait Kishor.

Je le connais depuis l’enfance. Il m’a vue courir dans les couloirs du palais, manquer des cours d’étiquette, me cacher dans les jardins, revenir en retard aux réceptions et faire semblant de ne pas entendre ma tante quand elle me rappelait à l’ordre. Le revoir m’a touchée plus que je ne l’aurais pensé. J’ai d’abord réagi avec familiarité, puis je me suis souvenue que mes compagnons Jedi le voyaient comme un représentant officiel. Alors je me suis inclinée. Il a semblé surpris. Je crois qu’il a dû se dire que le temple m’avait changée.

Il venait de la part de la Reine Kanish. Elle avait reçu mon message et acceptait de nous recevoir au palais. Ce soir.

J’ai proposé aux autres de m’accompagner. Kaga a accepté malgré sa tenue peu protocolaire, même si personne ici ne s’en serait vraiment offusqué. Agarokka a demandé comment nous irions au palais, car cela faisait une sacrée randonnée. Kishor lui a répondu qu’un speeder nous attendait dans la zone prévue à cet effet. J’ai alors demandé à Agarokka s’il avait bien garé son vaisseau dans la zone prévue.

Il m’a demandé à quoi ressemblait une zone prévue.

Je crois que je n’oublierai jamais cette réponse.

Durant le trajet vers la capitale, j’ai regardé le paysage défiler. Puis la silhouette du palais est apparue. Le palais qui m’a vue grandir. Celui dont je connais les couloirs, les jardins, les salles d’apparat, les recoins discrets, les escaliers secondaires, les balcons où l’on peut s’asseoir quand on veut fuir un peu les adultes. Mon cœur s’est serré. Mais cette fois, la joie a fini par l’emporter.

Nous avons traversé les couloirs animés, les discussions, les bals, les odeurs sucrées, la lumière sur les murs. Je marchais en tête, presque sans y penser. Je saluais ceux que je reconnaissais. Certains m’ont rendu mon sourire. D’autres ont regardé mes cheveux. Je sais qu’ils sont encore particuliers. Courts, irréguliers, tombant à peine aux épaules. Moi qui en prenais tant soin autrefois… je suppose qu’il faudra encore du temps avant qu’ils ressemblent vraiment à quelque chose.

La Reine Kanish nous attendait dans une grande salle lumineuse, décorée de statues, de plantes, de livres et ouverte sur les jardins du palais. Elle portait une longue robe blanche, des parures d’or, une couronne. Elle était exactement comme dans mon souvenir : belle à en rendre les gens un peu stupides, mais surtout présente. Il y a chez elle une manière d’occuper une pièce sans l’écraser. Une souveraineté douce, presque joueuse, mais impossible à ignorer.

Elle m’a appelée “ma petite Yzhali” et elle a commenté mes cheveux, c’était tellement elle.

Je lui ai dit que je faisais de mon mieux pour leur redonner une contenance. Elle a compris sans insister. Enfin… je crois.

Je lui ai expliqué la raison officielle de notre présence : l’aménagement du hameau destiné à devenir un avant-poste Jedi, une retraite, un lieu de repos et de guérison pour l’Ordre, comme cela avait été négocié par Finnéas Viridian. J’ai aussi reconnu que j’avais très envie de revenir au palais. Ce n’était pas très diplomatique, mais c’était vrai. Et ici, la vérité dite avec grâce vaut souvent mieux qu’un mensonge bien habillé.

Je lui ai ensuite présenté mes compagnons.

Maître Nick Kéar, membre du Conseil, représentant l’autorité de cette mission. Le Chevalier Nelya Kéar, mon Maître. Le Chevalier Ashe Kervan. Le Chevalier Kaga Kryze. Le Chevalier Agarokka.

La présentation ressemblait moins à une audience stricte qu’à une promenade de cour, une sorte de ballet solennel à la manière zeltronne. La Reine observait chacun d’eux avec attention, avec chaleur aussi, parfois avec un regard qui aurait probablement fait perdre un peu de lucidité à des Jedi moins entraînés. Elle a trouvé Nelya remarquable. Elle a apprécié la stature d’Agarokka. Quant à Maître Kéar… disons que la Reine a pris le temps de l’observer.

Longuement. Très longuement.

Nelya s’en est amusée. Ashe aussi, intérieurement je crois. Moi, j’ai essayé de ne pas rire.

Puis l’atmosphère a changé.

Kanish a évoqué ma requête, puis elle a parlé d’une contrepartie. Ou plutôt d’un problème. Nubii n’avait pas seulement provoqué mon enlèvement. Ce qu’elle avait fait avait ouvert une porte. D’autres en avaient profité. Des esclavagistes avaient tenté de s’en prendre à un autre enfant du palais. Ils avaient été repoussés, mais pas arrêtés.

Puis elle a demandé notre aide. Elle ne voulait pas qu’un autre de “ses enfants” souffre.

Je crois que j’ai cessé de respirer pendant quelques secondes.

Rani. La fille de six ans de Luxa. Six ans.

Je connais Rani. Ce n’est pas seulement une enfant noble de la cour. C’est la fille de la sœur de notre Reine. Une petite que j’ai vue courir dans ces mêmes jardins. Une enfant que j’ai portée dans mes bras, que j’ai vue rire, bouder, poser trop de questions, réclamer qu’on la regarde danser. Elle est comme une petite sœur pour moi.

Et des esclavagistes l’ont prise.

J’ai senti quelque chose en moi se lever. Pas de la peur. Pas seulement de la colère. Une certitude. Une brûlure droite, nette, impossible à ignorer. Ma propre histoire venait de se répéter sous une autre forme. Pas exactement la même. Pas avec les mêmes visages. Mais la même violence. Le même arrachement. Le même sentiment que quelqu’un avait profité d’une faille pour salir ce monde que nous croyons trop souvent protégé par sa joie.

Maître Kéar s’est avancé avec un sérieux que même Zeltros n’a pas pu troubler. Il a promis l’engagement de l’Ordre. Il a demandé les fichiers holographiques, les données, tout ce qui pourrait nous aider. Kaga a immédiatement pensé aux enregistrements de sécurité. Ashe semblait prête à partir briser des esclavagistes à mains nues. Agarokka s’est fermé comme une montagne prête à s’abattre.

Moi, j’ai promis à Kanish que nous retrouverions Rani.

Je sais qu’un Jedi ne devrait pas promettre ce qu’il ne maîtrise pas.

Je l’ai fait quand même.

Parce qu’à cet instant, je n’étais pas seulement une padawan. J’étais une fille de Zeltros. Une enfant de ce palais. Une survivante d’un enlèvement. Et quelqu’un venait de prendre une petite fille qui aurait dû être en sécurité ici.

La Reine a pleuré.

Je l’ai prise dans mes bras. J’ai appelé ses suivantes pour qu’elles viennent s’occuper d’elle. Avant de quitter la pièce, je lui ai soufflé que je n’oublierai jamais ma famille. Je le pensais. Plus que jamais.

Dans le couloir, les autres m’ont soutenue.

Ashe m’a demandé comment je me sentais, puis m’a ouvert les bras. J’ai accepté son étreinte, un peu surprise. Nelya m’a dit que je n’avais pas à me sentir coupable. Que j’étais celle qui mettrait un terme à cette affaire. Agarokka m’a ébouriffé les cheveux en me promettant qu’on ramènerait la petite avant que les soleils aient fini leur révolution. Kaga, fidèle à elle-même, a dit qu’elle était d’humeur à poutrer de l’esclavagiste.

Je crois que cela m’a aidée.

Pas seulement leurs mots. Leur présence. Leur certitude. Leur façon de se tenir là, autour de moi, sans hésiter. J’ai senti quelque chose de très fort à cet instant. Une fierté. Un sentiment d’appartenance. Zeltros est ma maison, mais l’Ordre est aussi devenu ma famille. Et ce soir, ces deux mondes ne se contredisaient pas. Ils se rejoignaient.

J’ai expliqué que j’avais moi-même été capturée sur Zeltros il y a quelques mois, avec Finn, après notre fuite. Je ne sais toujours pas où se trouvait cette prison. Mais Finn le sait. Il faudra lui parler. Je ne sais pas si ce groupe est lié aux ravisseurs de Rani, mais c’est une piste. Une vraie.

Nous n’allions pas discuter de tout cela dans un couloir. J’ai contacté ma tante. Alarene m’a répondu en m’indiquant les jardins du palais.

Nous avons traversé les jardins. Ils étaient toujours aussi beaux. Des enfants jouaient dans les petits labyrinthes, des adolescents nobles fricotaient dans l’herbe sans se soucier du monde, une femme racontait une histoire à un cercle d’enfants. La vie continuait, comme si rien ne s’était passé. C’était presque insupportable. Et en même temps, c’est pour cela qu’il faut retrouver Rani. Pour que ces enfants puissent continuer à rire sans apprendre trop tôt que des monstres existent aussi sous les ciels roses.

Nelya m’a dit qu’elle pensait que je pouvais diriger l’enquête, au moins pour la partie liée à Zeltros. Elle a raison, probablement. Maître Kéar ne connaît pas ce monde comme moi. Elle non plus, même si elle y vient souvent. Les autres encore moins. Moi, je connais les familles, les codes, les lieux, les silences. Je connais ce que les étrangers ne voient pas. J’ai été touchée par sa confiance. J’ai aussi eu peur de ne pas être à la hauteur.

Puis nous avons retrouvé ma tante.

Alarene était assise dans un cercle de fleurs, entourée d’enfants à qui elle enseignait le comportement à avoir en société. Elle avait l’air fatiguée. Fragile. Diminuée encore par ce qu’elle a subi. Mais elle restait elle. Douce, élégante, un peu moqueuse. Ma dernière famille de sang encore en vie.

Avant de l’approcher, j’ai fermé les yeux et j’ai essayé de l’effleurer par télépathie. Juste assez pour lui signifier ma présence sans m’imposer. Cela m’a serré le cœur. Son aura était plus fragile qu’avant. Plus fine. Comme une lumière que l’on protège du vent avec les deux mains.

Je l’ai enlacée.

Elle m’a appelée son enfant, sa belle fleur. Elle m’a caressé la joue. J’ai présenté Nelya comme mon Maître, en expliquant qu’elle remplaçait Maître Dreis, toujours porté disparu. Alarene s’en est attristée. Elle aimait bien Matt. Peut-être même un peu trop, à sa manière. Je me souviens encore de certains regards insistants pendant ses entraînements au palais. Cela m’aurait fait sourire dans un autre contexte.

Je lui ai demandé de nous obtenir des appartements au palais. Elle a accepté sans hésiter. J’ai toujours mes quartiers ici, donc je peux les utiliser. Pour les autres, elle fera le nécessaire.

Puis je lui ai demandé ce qu’elle savait sur l’enlèvement de Rani.

Elle m’a parlé d’un papier trouvé un matin, destiné à Luxa. Quelqu’un exigeait des informations sur Kishor. Ils demandaient aussi que le Roi et la Reine laissent les esclavagistes agir librement, sous peine d’autres enlèvements. Depuis, les membres concernés sont surveillés en permanence.

Rani a été enlevée il y a deux jours. Deux jours !

Ils ont cherché dans plusieurs endroits sans succès. L’affaire a été gardée discrète pour éviter un mouvement de panique. Ma tante n’a pas voulu me prévenir. Elle disait que j’avais déjà assez souffert avec ce qui s’était passé ici. Qu’elle ne voulait pas que je revive cela.

Je comprends.

Et pourtant, j’aurais voulu savoir plus tôt.

Je ne lui en veux pas. Je crois qu’elle voulait me protéger. Comme elle l’a toujours fait, même maladroitement parfois. Mais je ne suis plus seulement l’enfant que l’on protège derrière les portes du palais. Je suis une padawan Jedi. Je suis une survivante. Et cette fois, je veux être celle qui ouvre les portes, pas celle qu’on enferme derrière.

La journée avait commencé dans la paix. Elle se termine avec une piste, une promesse et une enfant à retrouver.

Demain, nous devrons parler à Finn. Obtenir les fichiers holographiques. Identifier pourquoi Rani a été ciblée, pourquoi Kishor intéresse ces gens, et si les ravisseurs sont liés à ceux qui m’ont capturée. Il faudra comprendre comment des esclavagistes peuvent agir sur Zeltros. Comment ils passent entre les mailles. Qui leur ouvre les portes. Qui les renseigne. Qui profite de la joie de mon monde pour y cacher des horreurs.

Je ne sais pas encore où est Rani.

Mais je sais une chose.

Ils ont pris une enfant de ma maison.

Ils ont réveillé ce qu’ils n’auraient jamais dû toucher.

<Yzhali baisse les yeux. Sa main se referme autour de sa tresse de Padawan, puis elle relève le regard vers l’enregistreur. Sa voix devient plus basse, plus ferme.>

Rani, tiens bon. Je viens te chercher.

Fin de l’enregistrement.

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JOUR 3 sur Zeltros

Palais Royal de Zeltros :

Enregistrement holographique personnel - Archive N°44 - Padawan Yzhali Pendar

Zeltros - fin de trosième journée
Statut : journal privé / rapport informel de mission
Objet : enlèvement de Rani - intervention dans le district de Koduga

<L’image holographique s’active dans une chambre du palais royal. La lumière est basse, dorée, presque trop douce pour le visage fermé d’Yzhali. Elle est assise près d’une fenêtre ouverte sur les jardins nocturnes, encore vêtue de sa tenue Jedi. Son sabre est posé à portée de main, sur une étoffe claire. Ses cheveux bleus, courts, irréguliers, tombent à peine sur ses épaules. Sa marque au front semble plus visible que d’habitude, comme si la fatigue avait effacé tout le reste. Elle garde un mouchoir plié entre les doigts. Un mouchoir brodé. Elle le regarde longtemps avant de commencer.>

Troisième jour sur Zeltros.

Je ne sais pas vraiment comment ordonner cet enregistrement. Une partie de moi voudrait faire un rapport clair, structuré, utile. Une autre voudrait hurler. Une troisième voudrait simplement rester auprès de Rani jusqu’à ce qu’elle s’endorme pour de bon, jusqu’à ce que son souffle redevienne celui d’une enfant qui rêve, et non celui d’une petite fille qui vient d’être arrachée à son monde.

Elle est vivante.

C’est ce que je dois écrire en premier. Ce que je dois dire avant le reste.

Rani est vivante.

Secouée, évidemment. Terrifiée, peut-être davantage qu’elle ne l’a montré. Mais en vie. En bonne santé, au moins d’après les premiers soins. Les médecins du palais l’ont prise en charge, et quand je l’ai revue… je crois que j’ai eu du mal à rester une Jedi. Je l’ai vue, petite silhouette encore fragile, revenue parmi les siens, et pendant quelques secondes tout le bruit de cette journée s’est effondré. Les grottes, les tirs, les droïdes, la Falleen, Ashe sous emprise, le mouchoir… tout a reculé.

Il n’y avait plus qu’elle.

Rani. Six ans. Et vivante.

<Yzhali inspire. Sa main se referme sur le mouchoir, sans le froisser.>

La journée avait commencé au palais. J’y ai passé de longues heures à faire jouer les relations qu’il me reste ici. Je n’ai pas vraiment eu besoin de forcer les portes. Beaucoup de gens se souviennent encore de moi. Certains me regardent comme la petite noble qui courait dans les couloirs. D’autres comme la padawan enlevée, revenue avec une marque au front et les cheveux trop courts. J’aurais aimé qu’ils ne me regardent pas ainsi, mais aujourd’hui, cela m’a servi.

J’ai parlé avec des serviteurs, des gardes, des suivantes, des intendants, quelques membres de maisons nobles, et tous ceux qui avaient pu entendre, voir, deviner quelque chose. J’ai pris des nouvelles aussi, parce qu’ici l’information ne circule jamais seule. Elle vient toujours avec une émotion, une inquiétude, une anecdote, une tasse offerte, une main sur l’avant-bras. J’ai donc écouté. Longuement. J’ai laissé les gens parler de Rani. De Luxa. De Kishor. De la peur discrète qui s’est installée dans certaines ailes du palais malgré les sourires et les fleurs.

Rani est connue ici. Pas seulement parce qu’elle est la fille de Luxa, la sœur de notre Reine. Mais parce que c’est Rani. Une petite fille dans la lune, curieuse, créative, toujours attirée par ce qu’elle ne devrait pas aller voir seule. Je crois que c’est cela qui m’a le plus serré le cœur. Il est encore possible qu’elle ait été visée pour ce qu’elle représente. Mais il est aussi possible qu’elle ait seulement offert une opportunité. Un instant d’innocence. Un moment où elle s’est éloignée, où elle a cru que le palais était encore ce qu’il aurait toujours dû être : un endroit où aucun enfant ne craint de se perdre.

Il y a eu aussi ce message retrouvé par Alarene. Un papier destiné à Luxa. Une exigence. Des informations sur Kishor. Une pression faite sur la famille royale pour que les esclavagistes puissent agir librement, sous menace d’autres enlèvements. Depuis cette découverte, certains proches du palais sont surveillés. Mais la menace avait déjà frappé.

Je me suis demandé plusieurs fois pourquoi Kishor.

Kishor est un émissaire. Un homme de confiance. Il connaît les accès, les habitudes, les itinéraires, les noms, les failles invisibles que seuls les anciens du palais perçoivent. Il était là avant ma naissance. Il m’a vue grandir. S’ils voulaient des informations sur lui, ce n’était pas par hasard.

En début de soirée, la Reine a fait demander Maître Kéar et moi dans son bureau. J’étais déjà au palais, avec Alarene. Je l’ai quittée pour m’y rendre aussitôt. J’avais revêtu ma tenue Jedi, cette fois. Plus question de robes légères, de bains, de souvenirs ou de retrouvailles. Mon sabre était à ma ceinture. Mon ton était plus formel. Je crois que même Kishor l’a senti quand je suis arrivée devant la porte.

Kanish nous attendait avec une carte holographique.

Le district de Koduga.

Je l’ai reconnu presque immédiatement. Une région ancienne, humide, vallonnée, couverte de forêt primaire. Un endroit où les touristes vont rarement, sauf les plus téméraires ou les plus stupides. J’y étais déjà allée plusieurs fois, autrefois, en trek avec Genzor, l’ancien chef de la sécurité du palais. J’ai appris ce soir qu’il avait quitté son poste après mon enlèvement. Il s’en serait voulu de ne pas avoir vu venir ce qui m’est arrivé.

Je n’ai pas eu le temps de ressentir cela pleinement.

La carte montrait une zone vaste, difficile à quadriller, pleine de rivières, de torrents, de cascades et de cavités naturelles. Kanish nous a parlé de mouvements suspects : speeders, vaisseaux, décollages hors du rayon habituel de sécurité. Maître Kéar a immédiatement pensé à l’eau. À la nécessité d’un point d’approvisionnement. Puis aux cascades, parfaites pour couvrir le bruit. Il y en avait trois majeures. J’ai signalé l’existence d’un cénote au pied de l’une d’elles, au cœur d’un cirque rocheux presque fermé sur lui-même.

La Reine nous a donné les plans. Je les ai transférés sur mon datapad. Puis Maître Kéar a demandé le rassemblement de tous les Jedi disponibles dans la salle aux Mille Fleurs.

J’ai envoyé l’appel sur la fréquence commune. Plan du palais, code d’authentification, chemin d’accès. C’était étrange d’utiliser les accès de mon enfance pour guider l’Ordre Jedi vers une opération de sauvetage. Comme si ma vie d’avant et ma vie d’aujourd’hui se superposaient enfin, mais pas de la manière douce que j’aurais souhaitée.

Dans la salle, Maître Kéar a organisé les groupes. Trois cascades. Trois équipes. Un sentinelle dans chaque groupe. Je lui ai demandé la permission d’ajouter les éléments que j’avais collectés. J’ai expliqué qui était Rani, son âge, son lien avec Luxa et Kanish. J’ai précisé l’assaut du palais par un speeder lourdement armé, la présence supposée d’un Trandoshan à la tête de l’escouade, le message de menace concernant Kishor, le fait que les gardes du palais avaient combattu des agresseurs préparés, déterminés, et manifestement capables d’agir malgré l’influence naturelle de Zeltros.

J’ai aussi parlé de mon propre enlèvement.

Ce n’était pas la même méthode. Dans mon cas, Finnéas venait de me sortir de ma prison, et les esclavagistes avaient agi par opportunisme, par rafle, prenant les Zeltrons isolés ou vulnérables qu’ils pouvaient capturer. Mais il y avait déjà des Trandoshans parmi eux. Et depuis hier, je craignais que ces affaires soient liées, même indirectement.

Je n’ai pas voulu m’attarder. Il y avait une enfant à sauver.

J’ai demandé à accompagner le Chevalier Dagan Rae. Il a accepté. Notre groupe, le Groupe 3, était composé de Dagan, Ashe, du Novice Jordy et de moi-même. Nous avons pris la direction du cirque rocheux et du cénote, la zone la plus éloignée, la plus escarpée, celle qui me semblait à la fois la plus difficile d’accès et la plus propice à une cache bien dissimulée.

J’ai piloté le speeder.

Ashe aurait probablement préféré prendre les commandes, mais je savais où nous allions. Je connaissais le relief, les éperons rocheux, la façon dont la forêt se déchire brusquement à l’approche du cirque. Le trajet a été rapide. Peut-être un peu trop. Mais nous sommes arrivés.

Le cirque était magnifique.

C’est presque insultant d’écrire cela après ce que nous y avons trouvé, mais c’est vrai. Une couronne de roche haute d’environ soixante mètres, des cascades multiples tombant en rideaux brillants, le soleil accrochant l’eau en arcs-en-ciel, et au centre, ce gouffre où la rivière semblait disparaître dans les entrailles de Zeltros. La beauté de mon monde peut cacher des choses atroces. Je le savais déjà. Je l’ai réappris.

Nous avons posé le speeder à distance, puis nous avons progressé prudemment. Dagan a repéré des branches cassées à mi-hauteur, comme un couloir de décollage ou de passage. Les traces menaient vers la cascade. Nous avons préparé les grappins. Jordy n’avait jamais fait d’escalade. Je lui ai attaché son harnais moi-même et lui ai expliqué le mécanisme du mini-treuil. Ashe a vérifié derrière moi, par prudence. Je n’ai pas été vexée. Pas ce soir-là.

Dagan a donné l’ordre de descente : lui et moi en premier, Ashe et Jordy ensuite. Nous avons glissé dans le vide. Le bruit de l’eau couvrait tout. L’humidité collait aux vêtements. Derrière la cascade, nous avons aperçu ce que nous redoutions : un passage immense, assez large pour accueillir un cargo lourd.

Nous avions trouvé quelque chose.

En descendant encore, nous avons vu la Falleen sortir de l’intérieur du cargo.

Et là, mon sang s’est glacé.

Je la connaissais.

Thot Gaj.

Je l’avais vue aux côtés de Nubii Paniso. Pas une fois. Pas de loin. Je l’avais vue pendant ma captivité. Elle faisait partie de ces visages que mon esprit avait essayé d’enterrer sans jamais vraiment y parvenir. Une de celles qui avaient assisté à mes sévices. Une de celles qui avaient participé. Une de celles que je n’avais jamais pu juger, confronter, arrêter.

Ma main s’est crispée sur mon sabre.

Je crois que Dagan a senti ma colère. Ashe aussi, peut-être. J’ai dû me recentrer aussitôt. Je leur ai dit que je la connaissais. Que nous la voulions vivante, quoi qu’il en coûte. J’ai aussi prévenu qu’elle était peut-être sensible à la Force. Je ne pouvais pas l’affirmer. Nous n’arrivions pas à percevoir son aura normalement. C’était déjà un indice inquiétant. Peut-être une technique. Peut-être une absence. Peut-être une discipline mentale. Peut-être autre chose.

Les Falléens possèdent leurs propres phéromones, capables d’influencer les esprits. Ce que nous avons vu plus tard pourrait relever de cela, poussé à un degré extrême. Mais je ne peux pas exclure l’usage de la Force. Pas encore.

Elle s’est éloignée dans l’obscurité, accompagnée de deux droïdes.

Nous avons hésité sur la marche à suivre. Ashe voulait agir. Dagan voulait coordonner. Jordy était tendu, mais volontaire. Les cages du secteur que nous observions semblaient être notre priorité immédiate. Puis les événements se sont précipités.

Je ne peux parler directement que de ce que j’ai vécu avec mon groupe.

Pour le reste, je n’ai que les rapports.

D’après ce qui m’a été transmis ensuite, le Groupe 1 a engagé des esclavagistes et des droïdes IG près d’une autre cascade. Maître Kéar et Kaga ont couvert l’Initiée San Kun, qui a atteint une cage et y a trouvé une petite Zeltronne en boule sous une couverture. C’était Rani. Le Trandoshan a réussi à fuir avec un cargo, mais la petite a été extraite et ramenée au palais. Le Groupe 2, de son côté, a sécurisé un autre appareil resté au sol et a libéré trois enfants : une humaine, une Twi’lek et un Mon Calamari. Les rapports mentionnent aussi des Rodians neutralisés, des droïdes détruits et plusieurs esclavagistes capturés ou mis hors d’état de nuire.

Mais sur le moment, nous ne savions rien de tout cela.

Dans notre secteur, Ashe et Jordy sont tombés sur des cages vides et des esclavagistes encore présents. Ashe les a engagés sans chercher à tuer. Jordy a tenu autant qu’il le pouvait, malgré la pression. Dagan et moi avons poursuivi vers le fond de la grotte, sur la trace de Thot Gaj et de ses deux droïdes.

Puis nous avons trouvé le mouchoir.

Un mouchoir brodé.

Mes initiales.

Y.P.

Et une trace de rouge à lèvres pourpre.

<Yzhali baisse le regard vers le tissu qu’elle tient encore. Sa voix perd un peu de sa stabilité.>

C’était le mien.

Je l’ai ramassé, et pendant une seconde je n’étais plus dans la grotte. J’étais revenue en arrière. Dans l’odeur de la peur, des chaînes, de la douleur. J’ai revu des morceaux de ma captivité. Des silhouettes. Des rires. Des regards penchés sur moi comme si j’étais un objet. J’ai senti la colère monter si fort que j’ai dû l’enfermer dans un seul objectif : l’appréhender.

Pas la tuer.

Pas me venger.

L’arrêter.

Mais ce mouchoir… je ne sais pas encore ce qu’il signifie. Était-ce un hasard ? Un trophée abandonné dans la fuite ? Ou un message ? Un signe laissé à mon attention ? Je crois qu’elle savait que j’étais là. Je crois qu’elle m’a identifiée. Et si elle a laissé ce mouchoir volontairement, alors elle voulait que je comprenne quelque chose.

Que je la suive.

Que je me souvienne.

Ou que je perde le contrôle.

Nous avons continué. Dagan m’a répété que nous restions ensemble. Il a eu raison de le faire. Deux droïdes nous ont barré la route. Nous les avons affrontés. J’ai reculé, analysé leurs armes, puis réagi. Makashi, précision, économie de mouvement. L’un d’eux est tombé sous ma lame.

Puis sa voix a résonné.

Elle ne s’est pas montrée.

Elle m’a appelée “ma chérie”.

Elle a ri.

Elle a dit que se montrer ne serait pas amusant. Pas tout de suite. Elle a parlé d’une surprise. De quelque chose de plus divertissant. J’ai senti le froid me traverser, malgré la chaleur humide de la caverne. Dagan m’a soufflé de préparer mon masque respiratoire. Je l’avais à la ceinture. Je ne l’ai pas mis immédiatement. Peut-être par orgueil. Peut-être parce que je voulais croire que je pouvais encore contrôler ma respiration assez longtemps.

Puis Ashe est arrivée.

Au début, j’ai été soulagée.

Elle s’est approchée de nous. Dagan s’est arrangé pour me placer entre eux deux, par prudence ou par instinct. Puis notre sens du danger s’est activé au niveau de nos épaules.

Ashe a frappé.

Ses deux sabres ont jailli vers nous. Dagan et moi avons paré par réflexe. Pendant une fraction de seconde, je n’ai pas compris. Puis elle a ri. Ce n’était pas Ashe. Pas vraiment. Ou plutôt, c’était Ashe déformée par une emprise que je ne comprenais pas encore.

Elle nous a dit qu’il n’y aurait pas de renforts.

Elle a soulevé un nuage de poussière avec la Force, puis s’est jetée sur moi en visant ma jambe. J’ai bondi en arrière, sabre bleu en garde, couvrant ma retraite.

Je lui ai ordonné de reprendre ses esprits. Je lui ai dit qu’elle était sous l’emprise de la Falleen. Que nous étions avec elle.

Elle a répondu que nous ne comprenions rien à l’amour.

Ce mot, dans sa bouche, à cet instant, avait quelque chose d’obscène.

Dagan est venu faire front commun avec moi. Jordy, de son côté, a réussi à prévenir les autres. Il a transmis que des Jedi étaient en difficulté, qu’il y avait un piège potentiel, trois Jedi contre deux droïdes et une Falleen. Kaga a répondu. Les renforts se sont mis en route.

Mais nous, dans la grotte, nous devions tenir.

Ashe cherchait à m’isoler. Elle voulait visiblement me blesser plus que me tuer, mais cela ne rendait pas la situation moins dangereuse. Elle est chevalier. Guérisseuse, oui, mais aussi combattante. Ses deux sabres la rendaient difficile à approcher. Dagan a tenté une manœuvre aérienne pour détourner son attention. Elle a préparé une répulsion de Force pour l’envoyer contre la paroi ou le plafond. Il a anticipé et a tenté de contrer avec sa propre poussée.

C’est cette fenêtre qui m’a permis d’agir.

J’ai encaissé le déplacement, glissé au sol, puis je suis repartie vers elle. Pas avec une frappe de sabre. Pas en cherchant à la couper. J’ai plongé bas, feinté une attaque armée, puis j’ai utilisé ma souplesse pour faire jaillir mon pied au lieu de ma lame. Mon talon a frappé le sommet de son crâne.

Ashe a eu mal.

Et Ashe est revenue.

Pas avec grâce.

Elle a juré. Beaucoup. En Firrerreo aussi. Mais elle était là. Elle avait compris. Les phéromones de Falleen, ou quelque chose d’approchant, avaient cessé de la tenir.

Je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse d’entendre quelqu’un insulter toute une espèce.

Après cela, nous avons tenté de retrouver Thot Gaj. Sans succès. Nous avons quadrillé le secteur, poursuivi les tunnels, vérifié les embranchements autant que possible. Mais la Falleen avait disparu. Elle connaissait les lieux, ou elle avait préparé ses issues. Peut-être les deux. Les renforts rameutés par Jordy sont arrivés ensuite, et nous avons sécurisé la zone.

Les Forces de sécurité de Zeltros et les gardes du palais ont fini par occuper les différents sites. Les caches découvertes ont été investies. Les esclavagistes capturés ont été remis sous bonne garde. Les enfants libérés ont été conduits au palais ou à l’équipe médicale royale. L’Ordre a rempli sa promesse principale.

Rani est revenue.

Je l’ai retrouvée au palais.

Je ne sais pas si elle m’a reconnue tout de suite. Elle était fatiguée, secouée, petite dans des couvertures trop grandes. Mais quand j’ai vu ses yeux, quand j’ai entendu qu’elle allait vivre, quelque chose en moi s’est relâché si brutalement que j’ai cru perdre l’équilibre. Je voulais être digne. Je voulais garder une posture de padawan, de Jedi, d’enquêtrice. Mais la vérité, c’est que je voulais juste la serrer contre moi et lui promettre que plus personne ne la toucherait.

Je ne sais pas si j’ai le droit de promettre cela.

Je l’ai déjà fait pour la retrouver.

Je crois que je recommencerais.

<Yzhali passe une main sur son visage, fatiguée. Le mouchoir reste dans l’autre main.>

Et pourtant, malgré ce soulagement, je suis amère.

Thot Gaj s’est échappée.

La Falleen que j’ai vue aux côtés de Nubii. Celle qui sait. Celle qui m’a vue brisée, humiliée, retenue. Celle qui, ce soir, m’a appelée “ma chérie” dans l’obscurité de ma propre planète. Celle qui a peut-être laissé mon mouchoir comme un défi.

Je la voulais vivante.

Je la veux toujours vivante.

Je veux comprendre.

Je veux savoir si elle est liée directement à l’enlèvement de Rani, ou si elle n’était qu’une pièce d’un réseau plus large. Je veux savoir pourquoi Kishor. Je veux savoir si Nubii avait ouvert une porte que d’autres ont simplement franchie, ou si tout cela existait déjà sous la surface depuis plus longtemps. Je veux savoir pourquoi son aura nous échappait. Je veux savoir si elle utilise la Force, ou si ses phéromones suffisent à tordre l’esprit au point de retourner une Jedi contre ses alliés.

Je veux savoir si le mouchoir était un message.

Et je crois que oui.

Je crois qu’elle m’a vue.

Pas seulement vue dans la grotte. Reconnue. Identifiée. Choisie.

Il va falloir mettre cette affaire au clair. Complètement. Pas seulement pour Rani. Pas seulement pour moi. Pour Zeltros.

Parce que cette planète vit d’ouverture, de confiance, de corps qui se frôlent sans peur, de portes qu’on ne verrouille pas toujours, de jardins où les enfants courent sans escorte, de palais où l’on croit encore que la joie peut être une protection. Et quelqu’un utilise tout cela contre nous. Quelqu’un se glisse dans les interstices de notre bonheur pour y déposer des cages.

Je ne peux pas l’accepter.

Je ne l’accepterai pas.

Ce soir, les enfants dorment au palais. Rani respire. Kanish et Luxa peuvent toucher son visage, entendre sa voix, lui donner de l’eau, l’envelopper de couvertures, lui mentir peut-être un peu en lui disant que tout est fini.

Mais ce n’est pas fini.

Pas pour moi.

Pas tant que Thot Gaj sera libre.

<Yzhali déplie lentement le mouchoir. Les initiales brodées apparaissent dans la lumière dorée. Elle les regarde, puis relève les yeux vers l’enregistreur. Son expression n’est plus celle d’une enfant revenue chez elle. C’est celle d’une Jedi qui a compris que sa maison est devenue un champ d’enquête.>

Rani est sauvée.

C’est une victoire.

Mais la trace mène encore plus loin.

Et cette fois, je suivrai la trace jusqu’au bout.

Fin de l’enregistrement.

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Jour 4 sur Zeltros

Archive N° 45 - Journal holographique de mission - Yzhali Pendar
Statut : Padawan de l’Ordre Jedi
Archive personnelle transmise au Journal d’Yzhali

< L’hologramme s’active dans une lumière bleutée. Yzhali apparaît dans les jardins du palais de Zeltros. Sa tenue est plus simple que celle qu’elle portait lors des réceptions officielles, les cheveux retenus avec soin, le sabre accroché à sa ceinture. Derrière elle, on devine les lignes élégantes du palais, les feuillages, les bassins et quelques lanternes suspendues. Son visage est calme, mais son regard garde cette attention tendue de ceux qui n’ont pas encore accepté de refermer une affaire. >

Les enfants ont été retrouvés.

Je pourrais commencer par cela. Ce serait la manière la plus simple de résumer la journée, et peut-être celle que beaucoup retiendront. Les captifs ont été libérés, plusieurs hommes de main ont été arrêtés, les sites liés aux esclavagistes ont été sécurisés, et les familles ont pu recommencer à respirer.

Mais je ne crois pas qu’une mission s’achève au moment où les victimes sont ramenées chez elles.

Pas vraiment.

Le soulagement est réel. Je l’ai senti partout dans le palais, dans les couloirs, dans les jardins, dans les bras des parents qui serraient leurs enfants avec cette force presque douloureuse des êtres qui viennent d’imaginer le pire. Zeltros sait célébrer plus vite que beaucoup de mondes. C’est une de ses beautés. Ici, la joie revient comme une marée, même après la peur. Elle revient par les rires, les parfums, la musique, les gestes tendres, les repas improvisés, les peaux contre les peaux, les voix qui veulent déjà couvrir les traces du drame.

Mais la joie peut aussi être un voile.

Et je crois que je connais trop bien les voiles.

Je ne suis donc pas retournée au hameau avec les autres Jedi. Pas immédiatement. Une partie de moi aurait peut-être dû le faire. Rejoindre le groupe. Reprendre le rythme de l’Ordre. Me replacer dans la structure commune de la mission. Mais je ne parvenais pas à considérer cette affaire comme terminée. Quelque chose demeurait ouvert. Une ligne sous la surface. Une odeur de poison, presque littérale.

Alors je suis restée au palais.

J’avais besoin d’attendre les rapports, de comparer les témoignages, de comprendre ce que nous avions réellement découvert. Et peut-être aussi, je dois l’admettre, de rester près des miens. Cette mission n’était pas seulement une intervention Jedi sur un monde étranger. Elle avait lieu chez moi. Dans les jardins où j’ai grandi. Dans les salons où ma famille avait ri, négocié, dansé, menti parfois, comme toutes les familles de cour savent le faire. Elle touchait des enfants que je connaissais, des visages que je n’avais jamais regardés comme des “civils à protéger”, mais comme une partie de mon propre monde.

C’est différent.

Je ne sais pas encore si c’est une force ou un danger.

< Elle baisse un instant les yeux, comme si la question restait suspendue. Puis elle reprend. >

En fin de journée, je me suis entraînée sur une esplanade des jardins du palais. Je crois que j’en avais besoin plus que je ne l’avais prévu. Mon corps réclamait quelque chose de clair. Une suite de gestes. Une discipline. Une manière de faire descendre dans les muscles ce que l’esprit n’arrivait pas encore à ordonner.

J’ai travaillé mes katas pendant plus d’une heure.

Au début, il n’y avait que la respiration, la lame, les appuis. Puis la Force s’est installée autour de moi, non comme une voix, mais comme une présence dans les intervalles. J’ai répété les enchaînements, varié les rythmes, les feintes, les ruptures. J’imaginais un adversaire, puis deux, puis aucune forme précise. Seulement des intentions. Une attaque directe. Une hésitation. Une colère. Un piège.

J’ai laissé le Makashi conduire la précision de ma lame, mais mon corps revenait parfois au K’thri. C’est étrange de sentir ainsi deux héritages se répondre. Le Makashi cherche la ligne, l’élégance, l’estoc, la maîtrise presque aristocratique de l’affrontement. Le K’thri porte autre chose de Zeltros. Une danse plus vive, plus trompeuse, plus proche de la fête et du défi. J’ai mêlé les deux sans vraiment y penser, comme si mon corps refusait de choisir entre la Padawan et la Zeltronne.

Peut-être qu’il n’a pas tort.

Quand j’ai terminé, il y avait du monde autour de l’esplanade. Des adultes, des enfants, quelques membres du personnel du palais, des curieux attirés par la lumière du sabre et par cette manière que les gens ont, ici, de se rapprocher naturellement de ce qui vibre fort.

Je n’ai pas ressenti de gêne. Seulement une légère surprise, puis quelque chose de plus doux.

Ils m’ont posé des questions. Sur les Jedi. Sur le sabre. Sur l’intervention. Sur les enfants. Sur les esclavagistes. Certains avaient les yeux brillants, surtout les plus jeunes. Ils nous voyaient comme des héros après ce qui s’était passé la veille.

J’ai essayé de corriger cela.

Pas brutalement. Je ne voulais pas casser leur émerveillement. Mais je ne voulais pas non plus le nourrir comme un mensonge. Les Jedi n’étaient pas venus pour être admirés. Nous avions simplement fait ce qui devait être fait, et même cela, nous ne l’avions fait qu’en partie. Les enfants étaient libres, oui. Mais ceux qui les avaient pris n’étaient que les doigts visibles d’une main plus vaste.

C’est une chose difficile à expliquer à un enfant.

C’est aussi une chose difficile à accepter pour un adulte.

Plus tard, Kishor est venu me trouver. Il avait obtenu les rapports que j’attendais.

Le premier élément concernait le mouchoir.

Les analyses ont confirmé que le poison retrouvé était le même que celui utilisé contre ma tante Alarene.

< Yzhali marque une pause. Sa mâchoire se crispe à peine. >

Je crois que je m’y attendais.

Je crois aussi qu’une part de moi espérait me tromper.

Ce poison n’était donc pas un détail isolé. Pas un hasard de méthode. Il reliait l’affaire actuelle à ce qui avait déjà frappé ma famille. À Nubii. À mon enlèvement. À cette toile ancienne que je croyais parfois avoir quittée simplement parce que j’avais survécu à ses fils.

Kishor m’a confirmé que la Falleen que nous cherchions se nommait Thot Gaj. Originaire du monde du même nom. D’après les éléments retrouvés, elle aurait autrefois fréquenté les soirées du palais. Elle avait été vue avec Nubii. Elles semblaient proches. Très proches, peut-être amantes. Puis elle avait cessé d’apparaître quelque temps avant ma capture.

Je ne sais pas ce que j’ai ressenti en entendant cela. Pas seulement de la colère.

Plutôt cette sensation froide qui vient lorsque des événements anciens, que l’on croyait appartenir au passé, se remettent soudain à former une phrase lisible. Nubii n’était peut-être pas seule. Elle ne l’a peut-être jamais été. Si Thot Gaj était déjà auprès d’elle à l’époque, si elle connaissait le palais, les habitudes de la cour, les failles de ma famille, alors cette affaire dépasse largement un enlèvement d’enfants organisé par des criminels ordinaires.

Il y a une continuité. Et cette continuité me concerne.

C’est précisément pour cela que je dois rester prudente.

La blessure personnelle donne de l’instinct, mais elle peut aussi donner une direction fausse. Elle pousse à voir partout le même visage. Elle transforme une piste en obsession, une coïncidence en certitude, une enquête en revanche. Je ne veux pas faire cela. Je ne veux pas confondre mon histoire avec la vérité.

Mais je ne veux pas non plus détourner les yeux parce que cette vérité me touche.

Les plans de vol ont apporté d’autres éléments.

Le vaisseau retrouvé dans la grotte, celui qui appartenait à Thot, se rendait régulièrement sur Tatooine et Nal Hutta. Ce n’est pas surprenant. Ces mondes portent assez de trafics, de cartels, d’intermédiaires et de dettes pour nourrir la moitié des ombres de la Bordure. Mais il approchait aussi régulièrement de Bakura. Ce détail me trouble davantage. Bakura ne correspond pas aussi naturellement à la même logique criminelle. Cela ne signifie rien en soi, bien sûr. Les routes réelles sont rarement aussi propres que les cartes morales. Mais c’est justement pour cela que ce point mérite attention.

Le second vaisseau circulait dans différents mondes de la Bordure Médiane, parfois jusqu’aux régions plus intérieures, et même Coruscant.

Coruscant.

Ce nom paraît toujours trop grand pour les affaires sales. Comme si la capitale galactique était trop éclairée pour que l’ombre y prospère. Mais c’est une illusion. Plus la lumière est forte, plus les silhouettes peuvent devenir nettes. Et plus les institutions sont vastes, plus il existe de couloirs où personne ne regarde vraiment.

Les prisonniers interrogés n’ont pas révélé de signe clair d’appartenance à une organisation importante. Aucun emblème, aucun serment, aucune structure connue. Seulement un bienfaiteur inconnu.

Je n’aime pas cette formule. Un bienfaiteur inconnu.

Elle sonne presque élégante. Trop élégante pour ce qu’elle désigne. Quelqu’un finance, équipe, oriente ou protège ces mouvements. Quelqu’un a intérêt à ce que des enfants de Zeltros soient enlevés. Quelqu’un a pu avoir accès à des réseaux capables de toucher le palais, des routes vers Nal Hutta, Tatooine, Bakura, peut-être Coruscant. Quelqu’un a pu croiser Nubii, ou utiliser ce qu’elle avait commencé.

Je ne sais pas encore si Thot Gaj est une survivance de mon passé ou une pièce active d’un jeu plus large.

Peut-être les deux.

< Le silence dure quelques secondes. Derrière elle, les jardins semblent paisibles. Cette paix paraît presque insolente au regard de ce qu’elle décrit. >

Ce soir, je comprends mieux pourquoi les Jedi doivent apprendre à ne pas se laisser séduire par les victoires visibles.

Une porte forcée. Un captif libéré. Un adversaire désarmé. Un enfant rendu à ses parents.

Tout cela compte. Immensément.

Mais le côté obscur, le crime organisé, les réseaux d’exploitation, les blessures politiques ou familiales, tout cela survit souvent à l’instant spectaculaire où l’on croit avoir gagné. Ils changent de vaisseau, de nom, de route. Ils s’éloignent vers un autre monde. Ils attendent que les héros repartent.

Je ne veux pas repartir en laissant seulement derrière moi un récit rassurant.

Zeltros mérite mieux qu’une belle histoire.

Et les enfants aussi.

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Jour 5 sur Zeltros

Archive N° 46 - Journal holographique de mission - Yzhali Pendar
Statut : Padawan de l’Ordre Jedi
Archive personnelle transmise au Journal d’Yzhali

< L’image change légèrement. Yzhali apparaît cette fois dans une chambre du palais, près d’une ouverture donnant sur les jardins. La lumière est celle du matin. Quelques vêtements sont posés sur un siège, un petit sac de voyage ouvert près d’elle. Elle semble plus reposée, mais pas apaisée au sens simple du terme. >

Dernier jour sur Zeltros.

Je crois que j’aurais pu rester.

Il aurait été facile de trouver une raison officielle. Poursuite d’enquête. Coordination avec le palais. Attente de nouveaux rapports. Protection rapprochée des familles. Toutes ces raisons auraient été défendables.

Mais je crois qu’une partie de moi voulait surtout rester parce que partir signifiait accepter que cette affaire continuerait sans moi.

C’est une leçon difficile.

Un Jedi intervient, mais il ne peut pas devenir le centre permanent de toutes les blessures qu’il touche. Il doit parfois transmettre, prévenir, confier à d’autres, et accepter que la vigilance ne prenne pas toujours la forme de sa propre présence.

J’ai donc consacré cette dernière journée à rassembler ce qui pouvait l’être.

Le matin, j’ai relu les notes de Kishor, les plans de vol, les informations sur Thot Gaj et les interrogatoires disponibles. J’ai demandé que les autorités du palais conservent une surveillance sur tout retour des vaisseaux identifiés, en particulier celui qui a réussi à fuir. J’ai insisté sur Bakura, sans prétendre en faire une certitude. Seulement un point à ne pas perdre.

J’ai également demandé que le nom de Thot Gaj soit croisé avec les archives des anciennes réceptions, les registres d’invitation, les accès secondaires, les personnels de service encore présents à l’époque. Les gens de cour se souviennent parfois mieux des parfums, des disputes et des amants que des identités officielles. Sur Zeltros, c’est même souvent là que se trouvent les vérités les plus fiables.

Ensuite, je suis allée voir ma tante.

Alarene a cette manière de cacher son inquiétude derrière une élégance presque insultante. Elle peut parler d’un empoisonnement ancien comme d’un incident de protocole, puis corriger la position d’un vase au milieu de la phrase. Mais je la connais assez pour voir ce que son visage refuse de montrer.

Nous avons parlé de Nubii. De Thot. De ces soirées où certains invités n’étaient peut-être pas seulement des courtisans, des artistes, des diplomates ou des amants de passage. À l’époque, je n’aurais pas su distinguer le danger. J’étais trop jeune, trop certaine que le palais était un monde dont les règles me protégeaient parce que j’en connaissais la musique.

Je crois que c’est cela que cette mission m’a rappelé avec le plus de cruauté.

On peut grandir dans un lieu sans comprendre ses ombres.

J’ai revu ensuite les parents de Rani.

Je ne dirai pas ici tout ce qui a été échangé. Certaines paroles appartiennent aux familles avant d’appartenir aux rapports. Mais Rani allait mieux. Pas bien, pas encore. Les enfants ne reviennent pas d’un enlèvement comme on revient d’une mauvaise promenade. Pourtant elle était entourée, aimée, protégée. Elle a voulu me montrer un petit objet qu’on lui avait rendu, comme si la restitution de cette chose prouvait que le monde reprenait une forme acceptable.

Je lui ai souri.

Je crois qu’elle avait besoin que je sourie.

Pas comme une Jedi victorieuse. Pas comme une noble du palais. Comme quelqu’un qu’elle connaissait avant la peur.

C’est étrange, la responsabilité. Elle se cache parfois dans des gestes minuscules. On imagine qu’elle se joue dans les décisions graves, les sabres allumés, les rapports transmis au Conseil. Et puis elle apparaît dans la manière de s’asseoir près d’une enfant sans lui demander de raconter ce qu’elle n’est pas prête à dire.

L’après-midi, j’ai marché seule dans les jardins.

Je voulais revoir certains endroits avant le départ. L’esplanade où je m’étais entraînée. Les allées proches des bassins. Les balcons où la musique descend parfois jusque tard dans la nuit. Le palais n’avait pas changé, et pourtant je ne le voyais plus exactement de la même manière.

Zeltros reste Zeltros.

Belle, excessive, tendre, parfois aveugle à force de vouloir transformer toute douleur en plaisir retrouvé. Je l’aime pour cela. Je m’en méfie pour la même raison. Notre monde sait consoler. Mais il doit apprendre à ne pas confondre consolation et oubli.

Peut-être que moi aussi.

J’ai passé une partie de la journée avec mes proches. Pas assez longtemps. Jamais assez. Quelques conversations simples, des embrassades, des silences, des plaisanteries sur mon sérieux nouveau, sur ma manière de parler comme une archive Jedi quand je suis fatiguée. Cela m’a fait du bien. Plus que je ne veux l’admettre.

Je ne suis pas seulement une Padawan.

Je suis encore une fille de Zeltros.

Et je crois que je commence à comprendre que l’Ordre ne me demande pas de cesser de l’être. Il me demande d’apprendre à porter cela sans m’y perdre.

Avant de rejoindre la navette, je suis retournée une dernière fois sur l’esplanade des jardins. Je n’ai pas rallumé mon sabre. Je n’en avais pas besoin. Je suis restée debout, simplement, à écouter la rumeur du palais, les émotions des vivants autour de moi, ce grand courant chaud et vibrant qui fait de Zeltros un monde impossible à réduire à ses fêtes ou à ses excès.

Je pensais à Thot Gaj. À Nubii. Au poison. A ma tante... A mes parents... étaient-ils eux aussi les instruments de la machination en oeuvre ici ?

Je pensais aux routes vers Tatooine, Nal Hutta, Bakura, Coruscant.

Je pensais au bienfaiteur inconnu.

Et je pensais surtout aux enfants.

C’est peut-être là que je dois garder mon centre. Pas dans la peur de ce que Nubii a laissé derrière elle. Pas dans le désir de comprendre tout de suite. Pas dans l’orgueil de croire que je serais la seule à pouvoir suivre cette piste.

Les enfants d’abord.

Leur liberté. Leur sécurité. Leur droit de grandir sans devenir les symboles d’une guerre souterraine entre adultes.

Si cette enquête continue, et je crois qu’elle continuera, je devrai veiller à ne pas la laisser devenir seulement mon affaire personnelle. Elle touche mon passé, oui. Mais elle ne m’appartient pas.

La douleur personnelle peut ouvrir les yeux. Elle ne doit pas prendre le commandement.

< Yzhali inspire doucement. Son expression s’adoucit un peu. >

Au moment du départ, j’ai rejoint les autres Jedi pour la navette vers Coruscant.

Je n’ai pas tourné la page. Pas vraiment.

J’ai seulement accepté de ne pas rester penchée dessus au point d’empêcher la suite de s’écrire.

Zeltros disparaissait derrière nous, lumineuse, rose et dorée, presque indécente de beauté après ce qu’elle venait de traverser. J’ai pensé que c’était peut-être sa manière à elle de résister. Ne pas laisser l’ombre décider de la couleur du ciel.

Je rapporte avec moi peu de certitudes.

Thot Gaj est liée à Nubii. Le poison confirme une continuité avec l’attaque contre ma tante. Les vaisseaux ouvrent des pistes vers Tatooine, Nal Hutta, Bakura et peut-être Coruscant. Un acteur inconnu finance ou protège au moins une partie du réseau. Les hommes arrêtés ne sont probablement pas le sommet de la chaîne.

Mais je rapporte aussi autre chose.

Une conviction plus intime.

Sauver quelqu’un ne suffit pas toujours. Il faut comprendre ce qui a rendu sa capture possible. Il faut chercher les mains invisibles, les silences complices, les routes empruntées par la peur. Il faut accepter que certaines victoires ne soient que des portes ouvertes vers une enquête plus vaste.

Et il faut, malgré cela, savoir partir.

Pour revenir mieux préparée, peut-être.

< Elle baisse les yeux vers son sabre, puis vers l’enregistreur. >

Je quitte Zeltros avec plus de questions qu’en arrivant.

C’est probablement bon signe.

Les certitudes auraient été trop confortables.

Fin du rapport.

< L’hologramme reste quelques secondes suspendu sur le visage pensif d’Yzhali, puis se dissipe dans un léger grésillement bleu. >