Yzhali Pendar

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Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar

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Archive N°32 - Journal Personnel - Janvier +98 ABY - Rétrospective de mon parcours depuis mon entrée au noviçat - Enclave de Manaan
Archive N°32 - Journal Personnel - Janvier +98 ABY - Rétrospective de mon parcours depuis mon entrée au noviçat - Enclave de Manaan

Rapport holographique personnel - Yzhali Pendar
Archives de l’Ordre Jedi - Enclave de Manaan
Objet : rétrospective de mon parcours depuis mon entrée au noviçat

< L’hologramme s’active dans un léger grésillement bleuté. Yzhali Pendar apparaît assise, droite malgré une fatigue encore visible. Sa peau rose porte moins les marques récentes des soins, mais la cicatrice sur son front demeure nette. Ses cheveux bleus, encore courts, commencent à repousser. Elle reste silencieuse quelques secondes avant de parler. >

Je ne sais pas encore si ce rapport doit être considéré comme un bilan, une confession, ou simplement comme une tentative de remettre de l’ordre dans ce qui m’a menée jusqu’ici. On m’a souvent dit que la mémoire est une chose vivante. Je crois aujourd’hui qu’elle peut aussi devenir un champ de ruines, si l’on ne prend pas le temps de marcher lentement entre les pierres pour comprendre ce qui tient encore debout.

Lorsque je suis arrivée à l’Académie, je n’avais pas vraiment conscience de ce que signifiait devenir Jedi. Je venais de Zeltros. J’étais habituée au bruit, à la beauté, à l’attention des autres, aux regards qui glissent, aux émotions qui débordent. Chez moi, ressentir n’était pas une faute. C’était presque une langue maternelle. J’avais grandi dans une cour où l’on souriait beaucoup, où l’on mentait parfois avec grâce, où l’on dansait autour des problèmes en espérant qu’ils finissent par se dissoudre dans la musique.

L’Ordre Jedi, lui, ne dansait pas autour des choses. Il les nommait. Il les observait. Il demandait qu’on s’y confronte.

Je crois que c’est ce qui m’a d’abord le plus déstabilisée.

Maître Matt Dreis fut celui qui reçut la tâche improbable de former une Zeltronne trop fière, trop sensible, trop habituée à obtenir ce qu’elle voulait par charme, intuition ou entêtement. Je n’étais pas sans discipline ; Nubii Paniso m’avait formée durement, bien avant mon entrée dans l’Ordre. Mais cette discipline était celle du corps, du réflexe, de la survie sociale et martiale. Maître Dreis, lui, me demandait autre chose. Il ne voulait pas seulement que je sache frapper, esquiver, respirer ou tomber. Il voulait que je comprenne pourquoi je bougeais, ce que je portais en moi, et ce que mes émotions faisaient au monde autour de moi.

Je me souviens de mes premières leçons sur la Force avec une netteté étrange. Tout me semblait à la fois immense et humiliant. Immense, parce que je découvrais que ce que j’avais toujours cru être des particularités zeltronnes — mon empathie, mon influence émotionnelle, cette façon d’anticiper les réactions des autres — relevait en réalité d’un lien plus profond. Humiliant, parce que j’avais passé ma vie à utiliser ces dons sans les comprendre, parfois avec une insouciance coupable.

La Force n’était pas un ornement. Pas une manière élégante d’être plus douée que les autres. Elle était une responsabilité. Et cette idée m’a longtemps mise mal à l’aise.

Mon noviçat fut rapide, dense, parfois brutal. J’appris à méditer, à percevoir les auras, à écouter le danger avant qu’il ne prenne forme. J’appris la télékinésie avec cette frustration particulière des débutants qui veulent tirer trop fort sur un fil trop fragile. J’appris la célérité, le saut de Force, le contrôle de la respiration. Je reçus aussi les bases du sabre laser, du Shii-Cho, puis plus tard l’amorce d’un art plus précis, plus élégant, presque plus cruel dans son exigence : le Makashi.

Le sabre me rassurait. Il donnait une forme au chaos. Un angle, une ligne, une distance. Là où la Force me submergeait parfois, le sabre me ramenait à mon corps. À mes appuis. À la respiration. À la seconde présente.

Pourtant, l’Académie ne me laissa pas longtemps croire que l’apprentissage pouvait se limiter aux salles d’entraînement.

Très tôt, les missions vinrent. D’abord comme des épreuves que je pensais pouvoir traverser avec audace. Puis comme des réalités qui m’ont arraché une partie de mes illusions. Sur Kro Var, j’ai vu ce que la violence fait aux corps et aux certitudes. J’ai compris qu’un champ de bataille n’avait rien d’une démonstration martiale. On n’y est jamais aussi préparé qu’on le croit. Les cris, la chaleur, la peur des autres qui vous traverse quand on est empathe… tout cela m’a frappée plus durement que n’importe quelle lame.

Sur d’autres mondes, j’ai appris que la diplomatie pouvait être aussi dangereuse qu’un duel. J’ai rencontré des peuples blessés, méfiants, fiers. J’ai vu que l’Ordre Jedi n’était pas toujours accueilli comme une lumière. Parfois, nous étions un souvenir amer. Parfois, une menace ancienne. Parfois, seulement des étrangers prétendant comprendre des douleurs qui n’étaient pas les nôtres.

Il m’a fallu du temps pour accepter cela.

J’ai aussi connu les missions de sauvetage, les extractions, les opérations improvisées au milieu de situations qui se défont plus vite qu’un plan ne peut les contenir. J’ai vu des chasseurs de primes, des pirates, des acolytes du côté obscur, des civils pris entre des forces trop grandes pour eux. J’ai appris à courir quand il le fallait, à tenir quand il le fallait, à obéir même lorsque mon instinct criait de faire autrement.

Je n’ai pas toujours réussi. J’ai parfois été trop impulsive, trop fière, trop certaine que l’audace pouvait remplacer l’expérience. Maître Dreis l’a vu. Agarokka l’a vu aussi.

Agarokka… mon co-padawan.

Il y a des liens qu’on ne sait nommer qu’après les avoir perdus, ou après avoir cru les perdre. Avec lui, j’ai appris une forme de confiance différente. Il n’avait pas besoin de mes jeux de cour, de mes manières, de mes détours. Il était solide, loyal, parfois plus sage dans son silence que je ne l’étais dans tous mes discours. À ses côtés, j’ai découvert que combattre en binôme ne consistait pas seulement à coordonner des gestes. C’était accepter de ne pas tout porter seule.

Cette leçon-là, je ne l’ai comprise qu’à moitié à l’époque. Aujourd’hui, elle me semble essentielle.

Il y eut aussi Kashyyyk. Dix jours dans la jungle avec Maître Dreis et Agarokka. Dix jours à être ramenée à quelque chose de plus primitif, de plus honnête. La faim, la boue, les prédateurs, l’humidité, l’épuisement. Je détestais presque chaque instant, et pourtant cette épreuve reste l’une de celles qui m’ont le plus formée. Là-bas, mon orgueil ne servait à rien. Ma beauté ne servait à rien. Ma naissance ne servait à rien. Il ne restait que l’ingéniosité, le souffle, la confiance dans l’autre, et cette nécessité simple : tenir jusqu’au lendemain.

C’est une chose que je croyais avoir apprise dans la jungle. Je ne savais pas encore à quel point l’univers allait me demander de la réapprendre.

Au fil des mois, l’Ordre m’a aussi ouvert à des aspects de moi-même que je ne soupçonnais pas. Le pilotage, par exemple. J’avais d’abord abordé cela avec curiosité, presque comme un caprice noble : comprendre les vaisseaux, ne plus dépendre d’autrui, sentir la liberté d’une trajectoire que l’on trace soi-même. Yusa Yssah m’a donné les bases, et le simulateur m’a donné l’humilité. J’ai échoué plus souvent que je ne l’aurais admis à voix haute. Mais peu à peu, j’ai aimé cela. Le vol avait quelque chose de pur. Une manière de lire l’espace, d’anticiper, de faire confiance aux mains avant que la pensée ne devienne trop lourde.

Je crois que c’est là que j’ai commencé à comprendre que je n’étais pas seulement une élève de la Force. J’étais aussi une personne de terrain. Une Jedi qui avait besoin du concret. D’un levier, d’une trajectoire, d’une porte à ouvrir, d’un corps à protéger.

Ruusan m’a enseigné autre chose encore.

La rencontre avec les Bouncers a déplacé quelque chose en moi. Ces êtres n’avaient rien des formes de puissance que l’on imagine lorsqu’on parle de la Force. Ils n’étaient ni guerriers, ni diplomates, ni savants au sens où nous l’entendons. Et pourtant, leur lien était d’une profondeur presque douloureuse. Ils ressentaient, partageaient, vivaient ensemble avec une cohésion que beaucoup d’entre nous cherchent toute leur vie sans l’atteindre.

Ils m’ont rappelé que l’empathie n’est pas une faiblesse. Qu’elle ne consiste pas seulement à recevoir la douleur des autres jusqu’à s’y noyer. Elle peut devenir une structure. Un pont. Une défense commune.

Moi qui avais longtemps vécu mon empathie comme un débordement, j’ai commencé à la voir comme une possible discipline.

Puis il y eut Aargau. L’infiltration. Le mensonge nécessaire. La patience forcée dans un rôle d’assistante comptable auquel je n’étais pas préparée. Je découvris un monde de chiffres, de familles puissantes, de menaces feutrées. Ce fut une autre forme d’apprentissage : se taire, écouter, observer les détails, comprendre que la vérité ne se livre presque jamais dans un aveu, mais dans les habitudes, les silences, les contradictions.

J’aurais dû être faite pour cela, peut-être. Une Sentinelle. Une Jedi capable d’évoluer entre les mondes, d’enquêter, de comprendre les ombres sans s’y perdre.

Pendant un temps, j’y ai cru.

Mais l’ombre m’a rattrapée sur Zeltros.

Je ne détaillerai pas ici tout ce qui s’est produit. Pas encore. Peut-être jamais entièrement. Je dirai seulement que je suis retournée auprès de ma tante, croyant répondre à un appel familial. J’y ai trouvé la maladie, le poison, la trahison. Nubii Paniso, celle qui m’avait formée enfant, celle dont j’avais recherché l’approbation pendant des années, était autre chose que ce que je croyais. Elle m’a prise. Enfermée. Brisée méthodiquement. Elle m’a marquée dans la chair et dans l’esprit. Elle a tenté de faire de moi ce qu’elle voulait que je sois.

Je n’ai pas basculé.

Je ne dis pas cela avec fierté. Je le dis avec étonnement.

Pour ne pas céder à la haine, je me suis coupée de la Force. Ou quelque chose en moi l’a fait pour survivre. Ce silence fut une mutilation invisible. Après ma libération, lorsque l’Ordre m’a retrouvée parmi des captifs d’un réseau esclavagiste, je n’étais plus vraiment celle qui était partie.

On m’a ramenée. Soignée. Plongée dans la bacta. Isolée sur le Libre Pensée. J’ai traversé des semaines de silence, de cauchemars, de honte, de colère. J’en ai voulu à l’Ordre. À mon maître. À mes amis. À Agarokka, même, qui était devenu chevalier pendant que je disparaissais dans une cellule. Ces pensées m’ont paru injustes dès qu’elles sont venues. Mais elles étaient là. Et je crois aujourd’hui qu’un rapport honnête doit aussi contenir ce qui n’est pas noble.

Je me suis sentie abandonnée.

Je sais que la réalité est plus complexe. Je sais les fausses communications, les urgences, les pertes de l’Ordre, le chaos de cette période. Je sais tout cela. Mais la douleur n’est pas toujours sensible aux faits. Elle compte les nuits. Elle compte les silences. Elle compte les portes qui ne s’ouvrent pas.

Depuis, j’essaie de revenir.

Pas de redevenir celle que j’étais. Cela, je le sais désormais, est impossible. Mes cheveux repoussent. Mon corps reprend de la force. La cicatrice reste. La Force revient par fragments, parfois dans la douceur, parfois dans la violence d’une vision. Je ne la possède plus comme avant. Peut-être ne l’ai-je jamais possédée. Peut-être est-ce seulement maintenant que j’apprends à l’écouter sans vouloir m’y imposer.

Je me trouve aujourd’hui à un seuil.

J’ai été formée comme Sentinelle. J’en comprends la valeur. L’Ordre a besoin de Jedi capables de chercher, d’enquêter, de comprendre les zones troubles avant que le danger n’éclate au grand jour. Mais je ne suis plus certaine que cette voie soit la mienne. Pas parce qu’elle serait moindre. Pas parce qu’elle protégerait moins.

Mais parce que moi, aujourd’hui, j’ai besoin d’une voie qui ne m’oblige plus à vivre dans le masque.

Je veux devenir Gardienne.

Je veux apprendre à tenir une ligne. À protéger sans détour. À devenir le bouclier lorsque les plans échouent, lorsque les messages sont faux, lorsque les secours arrivent tard, lorsque des innocents n’ont plus que quelques secondes entre eux et la mort. Ce n’est pas une revanche. Ou si cela en est une, j’espère qu’elle sera assez pure pour ne pas me consumer.

Je ne suis pas guérie. Je ne prétends pas l’être.

Je suis encore Padawan. Là où d’autres sont devenus chevaliers. Là où ma promotion a avancé sans moi. J’ai longtemps cru que cela faisait de moi un reste, une retardataire, une survivante placée en marge de son propre destin.

Je crois maintenant que mon chemin n’a simplement pas suivi la même route.

Si l’Ordre accepte de me garder, je ne lui promets pas d’être celle que j’étais avant Zeltros. Elle est morte là-bas, d’une certaine manière. Mais je peux promettre autre chose : ne pas détourner les yeux de ce que j’ai vécu. Ne pas maquiller mes blessures en sagesse trop rapide. Ne pas confondre ma colère avec une vocation.

Et continuer.

Même lentement.

Même marquée.

Même différente.

< Yzhali baisse les yeux un instant. Lorsqu’elle les relève, sa voix est plus basse, mais plus stable. >

Je consigne ce rapport non comme une conclusion, mais comme un point d’ancrage.

J’ai été novice.
J’ai été Padawan de Matt Dreis.
J’ai été Sentinelle en apprentissage.
J’ai été prisonnière.
J’ai été sauvée.
Je suis encore en reconstruction.

Et si la Force accepte de marcher de nouveau avec moi, alors je choisirai de marcher vers ceux qui ont besoin qu’on arrive à temps.

Fin du rapport.

< L’hologramme demeure quelques secondes immobile, puis se dissipe, laissant voir le rivage de l'océan de Manaan en arrière plan. >