Yzhali Pendar

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Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar

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Archive N° 36 - Journal Personnel - Juin +98 ABY - Transcription de la vision sur Manaan - Rapport pour le Conseil de l'Ordre jedi
Archive N° 36 - Journal Personnel - Juin +98 ABY - Transcription de la vision sur Manaan - Rapport pour le Conseil de l'Ordre jedi

Rapport holographique - Padawan Yzhali Pendar
Objet : Transcription d’une vision survenue durant un entraînement 
Date de l'enregistrement : 31 mai +98 ABY
Événement rapporté : fin avril +98 ABY
Destinataires : Conseil de l’Ordre Jedi / Archives de l’Académie

< L’hologramme s’active dans un grésillement discret. L’image d’Yzhali Pendar apparaît, assise, les mains croisées devant elle. Son maintien est droit, presque trop contrôlé, mais son visage trahit une fatigue difficile à masquer. Elle garde le silence plusieurs secondes avant de parler. Lorsqu’elle commence, sa voix est calme, mais légèrement tendue, comme si chaque mot avait été pesé avant l’enregistrement. >

Je suis la Padawan Yzhali Pendar.

Je consigne ce rapport à la demande des circonstances, et parce que je ne peux plus considérer ce que j’ai vécu comme un simple trouble personnel, une réminiscence traumatique ou une vision sans cohérence. Depuis plusieurs semaines, la scène revient. Dans mes rêves, dans certaines transes profondes, parfois même lorsque je tente seulement de méditer. Elle revient avec la même violence, les mêmes sensations, les mêmes fragments. Et plus elle revient, moins je crois avoir seulement rêvé.

Je vais essayer de retranscrire l’expérience avec le plus d’exactitude possible.

Je ne sais pas à quel moment précis cela a commencé.

J’étais en entraînement. Mon corps était en mouvement, concentré, presque trop concentré. Je répétais une forme au sabre, des gestes simples, disciplinés, comme si la mémoire physique était plus fiable que mes pensées. Depuis mon retour, c’est souvent ainsi que je parviens à tenir : en laissant le corps se souvenir quand l’esprit hésite encore.

Je frappais en croix. Une série propre. Rien d’extraordinaire. Rien qui aurait dû provoquer ce qui a suivi.

Et pourtant, sous la surface, quelque chose a remué.

Un lien enfoui, comprimé depuis des mois, s’est mis à vibrer. Je l’ai senti se tendre, gonfler, prendre de l’ampleur comme une vague que l’on entend avant de la voir. Ce n’était pas une présence rassurante. Ce n’était pas une paix, ni même une guidance au sens habituel. C’était de la peur. Une peur froide, dense, venue de très loin, et qui pourtant donnait l’impression d’avoir toujours été là, quelque part en moi.

< Yzhali marque une pause. Ses doigts se resserrent légèrement. >

Puis l’espace autour de moi a changé.

Pas entièrement. Pas comme un décor qui disparaît. C’était plus subtil, plus brutal aussi. Assez pour me faire douter de mes yeux, pas assez pour que je puisse me convaincre que je n’avais rien vu.

J’ai aperçu, l’espace d’un battement de cœur, un homme humain en tenue de l’Alliance. Il était si proche que j’aurais juré sentir sa chaleur, sa présence, le poids de sa peur ou de son urgence. Puis l’image a glissé, comme un voile arraché d’un seul geste.

À sa place, mon regard a accroché la silhouette d’un Chevalier impérial.

Il était rigide, menaçant, dressé dans l’espace comme un obstacle inévitable. J’ai levé la main pour le repousser avec la Force. Le geste était net, puissant, maîtrisé. Mais c’est précisément ce détail qui m’a terrifiée.

Ce n’était pas ma main.

Dans cette vision, la main qui se tendait n’était pas la mienne. Elle était plus large, plus lourde. Une main d’homme. Les avant-bras portaient des gantelets. J’ai senti la discordance comme un choc dans la poitrine. J’étais là. Je voyais. Je ressentais. Je décidais presque. Mais ce corps n’était pas le mien.

J’étais moi.

Et je n’étais pas moi.

< L’image holographique vacille légèrement, comme si l’enregistrement avait capté une hésitation dans la respiration d’Yzhali. >

Au milieu de ces images, il y avait la boîte.

Je ne la voyais pas toujours clairement, mais je la sentais. Elle existait dans la vision comme une présence compacte, lourde, saturée. Elle n’était pas seulement un objet. Elle portait quelque chose. Ou contenait quelque chose. Je n’ai pas les mots exacts.

Elle dégageait une certitude absolue.

Pas une menace vague. Pas un danger qu’on peut anticiper, contourner, neutraliser. Une fatalité. De la mort.

Et cette mort n’était pas seulement physique. Elle avait quelque chose d’immense, comme si elle ne voulait pas seulement tuer, mais éteindre. Tout raser. Tout faire taire. Couper la lumière, les voix, les liens. Une fin qui ne s’adresse pas à un corps, mais à tout ce qui existe autour de lui.

J’ai tendu mes mains devant moi pour dresser un bouclier.

Un vrai bouclier.

Pas un réflexe désordonné. Pas une tentative paniquée. J’ai senti la Force se rassembler, se comprimer contre ma peau, vibrer jusque dans mes os. Pendant une seconde, j’ai tenu. Une seconde pure, suspendue, durant laquelle j’ai cru que j’étais assez forte.

Puis le doute est venu.

Brutal.

Le doute, la frustration, et cette pensée glaciale : je ne pourrai pas.

J’ai senti mon bouclier faiblir. Se fissurer. Comme du verre sous une pression impossible. J’ai vu mes protections se faire détruire, arrachées l’une après l’autre, et la panique a explosé en moi.

À cet instant, j’ai pensé : je vais mourir.

Ce n’était pas une peur agitée. C’était une certitude presque tranquille, presque administrative. Une conclusion. Et c’est peut-être cette certitude qui a fait naître l’idée la plus absurde, la plus désespérée, la plus proche d’un sacrifice.

J’ai dirigé la Force dans mon corps.

Pas autour de moi.

Pas devant moi.

Dedans.

Comme si je pouvais transformer mes organes, mes muscles, mon sang, mes os, en un seul mouvement. Comme si mon corps entier pouvait devenir le vecteur d’une impulsion unique. J’ai senti une accélération impossible, comme si le monde se déchirait pour me projeter ailleurs.

La vitesse m’a avalée.

Une douleur violente a éclaté dans mon dos, dans ma cage thoracique, dans chaque articulation. J’ai eu l’impression que mes os se brisaient un à un.

Puis il y a eu la chute.

< Yzhali baisse les yeux. Sa voix devient plus basse. >

Je me suis sentie expulsée hors du bâtiment, jetée dans le vide.

Puis le sol m’a frappée.

L’impact m’a arraché l’air. J’avais le goût métallique du sang dans la bouche. Les gravats tombaient autour de moi au ralenti, comme une pluie lourde, inévitable. Je savais que c’était fini. Je le savais avec une clarté terrible. Il n’y avait plus rien à opposer. Plus de bouclier. Plus de fuite. Plus de force à convoquer.

Je n’étais plus qu’un corps en train de perdre.

Mes pensées sont allées vers les Jedi.

Vers ceux que j’avais connus. Ceux que j’avais aimés. Ceux à qui je n’avais peut-être pas dit assez clairement ce qu’ils représentaient. Puis il y a eu un moment étrange, presque doux, au milieu de tout cela. J’ai senti les muscles de mon visage se contracter malgré moi.

J’ai souri.

Pas un sourire heureux. Pas vraiment. Un sourire résigné. Comme si une part de moi acceptait enfin de ne plus lutter.

Je me suis dit :

Après tout… ce n’est pas si mal.

Et j’ai fermé les yeux.

Puis une morsure de glace m’a traversé le cerveau.

Quelque chose de brutal, net, inhumain.

Et tout a basculé dans l’obscurité.

< Un long silence suit. L’hologramme reste stable, mais Yzhali semble chercher à reprendre une distance avec ce qu’elle vient de décrire. Lorsqu’elle reprend, sa voix retrouve une forme de rigueur. >

Durant toute cette expérience, j’ai eu l’impression de vivre les gestes et les techniques de Maître Dreis à travers ses yeux.

Je ne peux pas l’affirmer comme une certitude absolue. Mais je ne peux pas non plus le formuler autrement. La manière de se mouvoir, de canaliser la Force, de réagir à la menace, de transformer le corps en ultime recours… tout cela ne m’appartenait pas. Ou pas encore. C’était trop précis, trop différent de mon propre rapport à la Force, trop étranger à ma façon d’agir.

Et pourtant, je le vivais de l’intérieur.

Lorsque je suis revenue à moi, quelque chose avait changé.

Je pouvais de nouveau me connecter avec la Force.

Avant cela, j’étais encore bloquée. Entravée. Comme coupée d’un courant que je savais exister sans parvenir à le rejoindre. Depuis mon retour, cette absence était devenue une part de moi, une sorte de silence intérieur que je ne savais plus comment traverser.

Mais après la vision, ce silence s’est rompu.

C’était comme si tous les flux de Force environnants avaient été dirigés vers moi. Comme si quelque chose, ou quelqu’un, avait rouvert brutalement un passage. Ce n’était pas doux. Ce n’était pas paisible. Ce n’était pas une guérison au sens où je l’aurais espéré. C’était une déchirure. Une reconnexion violente.

Mais c’était la Force.

Depuis ce jour, je revois cette scène encore et encore.

Je l’ai d’abord considérée comme une mise en garde. Une image symbolique. Peut-être une peur résiduelle, amplifiée par mon propre traumatisme et par mon lien avec Maître Dreis. Mais aujourd’hui, je crois que ce n’était pas seulement cela.

Je crois que j’ai vu quelque chose en instantané.

Un événement réel, ou possible. Un fragment de ce que Maître Dreis a vécu. Ou de ce qu’il vit encore. Peut-être une trace imprimée dans la Force. Peut-être un appel. Peut-être une conséquence de notre lien de formation. Je ne sais pas.

Mais je suis convaincue que la Force tente de me faire comprendre quelque chose d’important.

< Yzhali relève les yeux vers l’enregistreur. Sa voix se raffermit, malgré l’émotion visible. >

J’espère sincèrement que cette transcription aidera à retrouver mon très cher Maître.

Je me mets à la disposition du Conseil pour toute analyse complémentaire, méditation guidée, confrontation de visions, ou participation directe aux recherches le concernant. Je suis consciente de mes limites actuelles. Je suis consciente que mon état, mon histoire récente et ma reconstruction peuvent conduire à recevoir ce témoignage avec prudence.

Je ne demande pas qu’on me croie sans examen.

Je demande seulement qu’on ne considère pas cette vision comme une simple peur.

Par la même occasion, je sollicite le Conseil afin de savoir comment reprendre ma place au sein de l’Ordre, et comment poursuivre ma formation dans l’attente de retrouver Maître Dreis.

Je ne suis pas revenue intacte.

Je ne prétends pas l’être.

Mais la Force est revenue à moi au travers de cette vision, ou m’a ramenée à elle par ce biais. Je ne peux pas ignorer ce que cela signifie. Je ne peux pas rester immobile alors que la scène continue de se répéter, comme une porte que l’on frappe depuis l’autre côté.

< Elle incline légèrement la tête. >

Padawan Yzhali Pendar.
Rapport rédigé le 31 mai +98 ABY.
Transmission aux Archives et au Conseil de l’Ordre Jedi.

< L’hologramme demeure encore quelques secondes. Yzhali semble vouloir ajouter quelque chose, mais se ravise. Puis l’image se dissipe lentement. >