Archive N°48 - Journal Personnel - Yzhali Pendar
Rapport holographique
Retour de mission - Station “Le Céleste”, système d’Endor - lien vers la mission -
Temple Jedi de Coruscant
Statut : Padawan de l’Ordre Jedi
< L’hologramme s’active dans une lumière bleutée. Yzhali apparaît dans une salle calme du Temple Jedi de Coruscant. Elle porte encore une partie de sa tenue de mission. Son sabre est posé près d’elle, sur une console, à côté d’un datapad chargé de relevés et de fragments d’images. Son visage est maîtrisé, mais son regard trahit une fatigue nerveuse et une irritation contenue. >
Retour de mission.
Station “Le Céleste”, système d’Endor.
La station est détruite. Le détachement Katarn est mort. Le personnel initial de la station est présumé perdu, sans que nous ayons pu confirmer l’ensemble des corps ou des survivants avant l’autodestruction de la structure.
Nous avons toutefois récupéré des données, des images, des plaques militaires, un module mémoire de droïde, des photographies de scènes de combat, des relevés de présence, ainsi qu’un enregistrement visuel partiel de l’assaillant.
Nous avons vu suffisamment pour comprendre une chose : nous n’avons pas affaire à une simple créature errante, ni à un massacre sans intelligence derrière lui.
Nous avons affaire à un adversaire organisé.
Et, peut-être, à une menace qui nous observe déjà.
< Yzhali inspire, puis son expression se durcit légèrement. >
Avant de parler de l’ennemi, je dois parler de nous.
Parce que cette mission n’a pas seulement révélé une menace extérieure. Elle a encore une fois mis en lumière une faiblesse interne de l’Ordre Jedi : notre lenteur à nous structurer lorsque nous devons agir en groupe.
L’alarme a retenti. Nous avons rejoint la salle de briefing. Maître Tenryl nous a exposé la situation : la station “Le Céleste”, base de secteur située dans le système d’Endor, près des Régions Inconnues, avait rompu toute communication depuis plusieurs jours. Un détachement des Forces Spéciales de l’escadron Katarn avait été envoyé en reconnaissance. Leur dernier signal confirmait leur arrivée à proximité de la station, puis le silence.
Une centaine de personnes nécessaires au fonctionnement normal de la station. Vingt commandos disparus. Une structure équipée de quatre hangars et de tourelles quadrilaser. Aucun signal d’alerte avant la coupure. Aucun rapport exploitable. Vingt-quatre heures pour établir une situation.
Nous avons posé les bonnes questions pendant le briefing. Défenses externes, plans standards, effectifs, capacité de déplacement, anomalies précédant la perte de contact. Jusque-là, rien à dire.
Mais dans les hangars, nous avons perdu trop de temps.
Quel vaisseau prendre ? Une navette furtive ? Une navette banalisée ? Le cargo d’Agarokka ? Combien de JSO en escorte ? Deux ? Quatre ? Faut-il privilégier la discrétion ou la puissance ? Qui pilote ? Qui couvre ? Qui ouvre ? Qui commande ?
Ces questions sont légitimes.
Mais elles auraient dû être tranchées beaucoup plus vite.
Il y a une différence entre réfléchir et s’enliser dans la réflexion. Entre peser les risques et attendre que toutes les préférences individuelles aient trouvé leur place dans la conversation. Pendant que nous débattions, une station entière restait silencieuse, un commando avait disparu, et nous ne savions toujours pas si l’ennemi était sur place, en fuite, ou en train de nous attendre.
Je le note sans détour : un chef de mission doit être désigné dès le départ.
Pas une autorité floue. Pas quelqu’un qui “semble” mener parce qu’il parle un peu plus que les autres. Un responsable opérationnel clair, chargé d’écouter, de trancher, d’attribuer les rôles, de définir la formation, et d’assumer le poids de la décision.
Un Jedi peut consulter.
Mais une mission ne peut pas attendre que le consensus devienne confortable.
Je suis Padawan. Je ne devrais pas être celle qui rappelle qu’il faut se décider. Je ne devrais pas être celle qui propose une configuration de convoi simplement parce que le groupe tourne autour d’une évidence tactique. Je ne devrais pas être celle qui demande des noms de code, qui demande aux passagers de se déclarer, qui rappelle les bases de coordination alors que nous venions justement de réfléchir à notre incapacité à fonctionner comme un tout.
Et pourtant, je l’ai fait.
Non par envie de commander. Par pragmatisme.
La solution retenue était correcte : le cargo d’Agarokka comme vaisseau principal, escorté par quatre JSO, deux en couverture rapprochée, deux en couverture périphérique. C’était une configuration viable, déjà travaillée en simulation. Mais nous aurions dû y arriver en quelques minutes.
Cette inertie m’inquiète.
L’Ordre forme des individus brillants, courageux, puissants, parfois admirables. Mais trop souvent, en mission de groupe, nous ressemblons moins à une unité qu’à une addition d’individualités compétentes attendant que la situation leur donne le droit d’agir.
Ce n’est pas suffisant.
La Force ne remplace pas une chaîne de décision claire. Le courage ne remplace pas une doctrine d’intervention. La sagesse ne remplace pas une procédure lorsque les secondes comptent.
Nous parlons souvent d’harmonie. Mais sur le terrain, l’harmonie ne naît pas parce que plusieurs Jedi se tiennent dans le même hangar. Elle se travaille. Elle se répète. Elle se structure. Sinon, elle devient un mot noble posé sur une foule d’ego surdimensionnés.
C’est exactement ce que je crains depuis longtemps.
Des Jedi capables d’exploits seuls, mais lents, brouillons ou hésitants lorsqu’il faut agir comme un seul corps.
C’est aussi pour cela que je m’intéresse de plus en plus à la Fusion mentale. Pas comme une curiosité mystique, ni comme une domination des pensées, mais comme une piste pour renforcer la perception commune, la coordination et la confiance entre Jedi consentants et entraînés. Relier sans effacer. Partager les perceptions sans annuler les volontés. Savoir où sont les autres, ce qu’ils voient, ce qu’ils craignent, ce qu’ils s’apprêtent à faire.
Je ne veux pas que les Jedi deviennent une ruche.
Je veux qu’ils cessent d’être une foule.
< Elle laisse passer un silence, puis reprend d’un ton plus factuel. >
À notre arrivée dans le système d’Endor, la station ne présentait aucune trace extérieure de combat. Pas de débris. Pas d’impact visible. Les lumières extérieures clignotaient encore. Les défenses étaient en veille. Les scans extérieurs étaient brouillés, rendant impossible une lecture claire des signes de vie ou de l’activité interne.
Nous avons effectué une approche prudente et choisi le hangar n°3.
L’air était sain. Les systèmes primaires semblaient encore actifs, mais plusieurs systèmes secondaires étaient en panne ou en veille. Dans le hangar, nous avons trouvé du matériel d’entretien, des caisses, des chariots, mais rien qui explique immédiatement la disparition du personnel.
Puis les traces ont commencé.
Sang. Impacts. Bruits métalliques. Droïde de protocole désactivé, sans trace de combat ni de dégât apparent, comme vidé d’énergie. Son module mémoire a été récupéré et devra être analysé.
En suivant une traînée de sang, Maître Yusa et d’autres ont découvert le corps d’un Cathar en tenue de commando, littéralement arraché en deux. L’analyse du sang correspondait à un gradé des forces armées. Il pourrait s’agir d’un membre important du détachement Katarn, peut-être un officier de terrain.
Au centre de commandement, les dégâts étaient plus graves encore. Air chargé en plasma. Odeur carbonisée. Corps calcinés. Plafond noirci par la suie. Traces d’impacts de blaster. Plaques d’identification militaires. Un Trandoshan retrouvé avec les bras arrachés. Les uniformes confirmaient la présence du commando.
Les brûlures semblaient provenir du centre de la pièce.
Mais le centre était intact.
Ce détail doit être étudié. Il ne correspond pas à une explosion classique. Pas davantage à un simple lance-flammes, du moins pas selon une logique directionnelle ordinaire. Il peut s’agir d’une impulsion thermique, d’une arme à zone, d’une surcharge énergétique contrôlée, d’un dispositif porté par l’armure ou d’un effet secondaire d’une technologie inconnue.
Le terminal maître a été réactivé grâce à une clé de sécurité trouvée sur place. Maître Yusa a récupéré autant de données que possible : journaux, alertes, vidéosurveillance, logs systèmes. Les caméras ont montré l’assaillant.
Une silhouette humanoïde en armure, plus grande et plus large qu’Agarokka.
Très forte. Extrêmement forte.
Capable de neutraliser des commandos entraînés en combat rapproché, parfois à mains nues. Capable d’arracher des membres. Capable de résister aux tirs assez longtemps pour massacrer le détachement. L’individu a détruit plusieurs caméras après les avoir repérées. À un moment, il a regardé l’une d’elles et a ri avant de la détruire.
Ce rire n’est pas anodin.
C’est une signature psychologique.
Il voulait être vu. Ou il voulait que nous sachions qu’il savait que nous regarderions.
Les systèmes ont ensuite indiqué neuf présences à bord alors que nous étions huit Jedi. Impossible de confirmer si cette neuvième présence était l’assaillant, un survivant, une erreur système, un leurre ou un résidu lié au brouillage.
Puis nous l’avons vu embarquer dans un vaisseau, un détonateur distanciel en main.
Les consoles ont ensuite affiché l’image d’un crâne ricanant. L’autodestruction s’est enclenchée. Les systèmes ont commencé à tomber les uns après les autres, y compris la gravité artificielle. Nous avons évacué en urgence. La station a explosé peu après notre sortie.
Kaga a repéré un vaisseau ennemi s’éloignant avant de disparaître en hyperespace.
Il faut analyser les senseurs de tous les appareils présents : JSO, cargo d’Agarokka, éventuellement données résiduelles de la station si elles ont été récupérées à temps. Signature hyperdrive, vecteur de fuite, profil thermique, masse approximative, silhouette radar, perturbation de saut, tout doit être vérifié.
< Yzhali consulte son datapad. Plusieurs lignes de données apparaissent autour de l’hologramme. >
Éléments collectés
Données téléchargées depuis le terminal maître : journaux systèmes, alertes, vidéosurveillance, rapports de sécurité éventuels.
Module mémoire du droïde de protocole retrouvé désactivé.
Photographies prises sur site : corps du Cathar, empreintes, centre de commandement, traces de brûlure, impacts, corps calcinés.
Plaques d’identification militaires du commando Katarn.
Images de vidéosurveillance montrant l’assaillant en armure.
Image du crâne ricanant affiché lors de la prise de contrôle finale des systèmes.
Relevés indiquant la mise en veille ou la panne progressive des systèmes après le passage de l’assaillant.
Relevé de présence indiquant neuf signatures pour huit Jedi présents.
Relevés senseurs des vaisseaux au moment de la fuite ennemie.
Scan final des débris après explosion.
Je lance tout de même une mise en garde d'un point de vue informatique :
Bien que ce ne soit pas mon domaine, je suppose que le crâne ricanant ne doit pas être traité comme une simple provocation visuelle. Il indique très probablement une prise de contrôle hostile des systèmes, peut-être par virus, malware, programme dormant ou intrusion distante.
Les données récupérées doivent être isolées.
Aucun transfert direct vers les systèmes informatiques du Temple Jedi ne doit être autorisé. Les fichiers doivent être copiés sur support fermé, placés en quarantaine et analysés dans un environnement totalement déconnecté du réseau Jedi. Les datapads connectés au terminal maître doivent être considérés comme potentiellement compromis jusqu’à inspection complète.
Les pirates laissent parfois des traces dans leur code : signature de compilation, routines de chiffrement, horodatage, protocole d’intrusion, marque personnelle, fragment volontairement identifiable. Par orgueil, par habitude, ou pour être reconnus.
Il faut déterminer si ce crâne est seulement une “moquerie” de la part du pirate, ou une empreinte, une signature?
Quelques questions pour l'enquête :
Qui était l’assaillant ? Agissait-il seul ?
L’armure augmentait-elle sa force, ou protégeait-elle une force déjà naturelle ?
S’agit-il d’une armure lourde, d’un exosquelette, d’une plateforme de combat, ou d’une armure intégrant brouillage, sabotage et piratage ?
Les pannes de la station viennent-elles de l’assaillant, du malware, de son armure, de son vaisseau, ou d’un complice ?
Le droïde vidé d’énergie a-t-il été affecté par la même technologie ?
Pourquoi les tourelles quadrilaser sont-elles restées en veille ? Le vaisseau ennemi a-t-il utilisé des codes d’accès valides ?
Le détachement Katarn a-t-il été attiré dans un piège ? Le personnel de la station a-t-il été tué, capturé, déplacé ou éjecté ? Pourquoi certains corps étaient-ils absents ?
Pourquoi le centre de commandement a-t-il brûlé alors que le centre de la pièce est intact ?
Pourquoi l’assaillant a-t-il laissé des images exploitables ?
Pourquoi avoir déclenché l’autodestruction seulement après notre arrivée ?
Peut-on retrouver la trace du vaisseau ennemi dans les senseurs, même partielle ?
Voici jointe à ce rapport une liste d'espèces ou profils possibles pour permettre d'identifier notre ennemi :

Pour l’instant, je considère l’hypothèse d’un exosquelette ou d’une armure augmentée comme prioritaire.
Pas parce qu’elle explique tout.
Parce qu’elle explique trop de choses pour être ignorée.
< Yzhali relève les yeux vers l’enregistreur. Sa voix devient plus basse, plus personnelle. >
Nous avons survécu.
Nous avons récupéré des preuves.
Mais nous avons perdu la station, et l’assaillant s’est échappé.
Je ne dis pas cela pour accuser ceux qui étaient présents. Nous avons évacué parce que rester aurait été stupide. L’autodestruction était enclenchée, les systèmes tombaient, la gravité lâchait. Nous avions ce qu’il fallait pour poursuivre l’enquête.
Mais il faut être honnête.
Notre lenteur initiale, notre manque de structure décisionnelle et notre difficulté à agir immédiatement comme une unité restent des failles.
La prochaine fois, l’ennemi ne nous laissera peut-être pas le temps de les compenser.
La station “Le Céleste” est détruite, nous avons informé l’APL de cette dure réalité afin qu’ils informent les familles des soldats tombés ou disparu… leur repos éternel sera en orbite d’Endor, comme des milliers d’autres avant eux.
Ce système est décidément bien funeste.
Fin du rapport.
< L’hologramme reste figé une seconde sur le visage grave d’Yzhali, puis s’éteint dans une vibration bleutée. >