Yzhali Pendar

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Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar Journal Holographique Personnel - Yzhali Pendar

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Archive N°1 - Journal Personnel - 2 juin +98 ABY - Novice de l'Ordre Jedi - Regarder derrière pour mieux avancer
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Rapport holographique personnel - Yzhali Pendar
Académie Jedi de Manaan - 2 juin +95 ABY
Statut : Novice de l’Ordre Jedi
Archive personnelle - Premier enregistrement après entretien avec Maître Matt Dreis

< L’hologramme s’active dans un frémissement bleuté. L’image met quelques secondes à se stabiliser, puis la silhouette d’Yzhali Pendar apparaît au centre du champ. Elle n’a pas encore l’allure d’une Jedi. Pas tout à fait. Sa posture est droite, travaillée par des années de cour, son port de tête conserve cette fierté presque instinctive des jeunes femmes que l’on a toujours regardées entrer dans une pièce. Sa peau rose-pourpre accroche la lumière froide du projecteur. Ses longs cheveux bleutés tombent avec un soin presque insolent sur ses épaules. Elle a choisi une tenue plus sobre que celles de Zeltros, mais il reste dans la coupe, dans les bijoux discrets, dans la façon dont elle se tient, quelque chose de profondément étranger à la rigueur du Temple. >

< Elle regarde l’enregistreur sans parler. Un sourire bref lui échappe, comme si elle regrettait déjà d’avoir lancé l’archive. Puis elle inspire. >

Je m’appelle Yzhali Pendar. Native de Zeltros.

Et, depuis aujourd’hui, novice de l’Ordre Jedi.

Je crois que je devrais prononcer ces mots avec gravité. Peut-être même avec reconnaissance. C’est sûrement ce que l’on attend d’une personne qui vient d’être admise dans une institution aussi ancienne, aussi respectée, aussi persuadée, en apparence du moins, de connaître la place qu’elle occupe dans la galaxie.

Mais la vérité, c’est que je ne sais pas encore ce que je ressens.

Ou plutôt, je ressens trop de choses à la fois.

Cela n’a rien de nouveau.

On dit souvent que les Zeltrons vivent par le cœur avant de vivre par la raison. C’est une simplification paresseuse, mais elle n’est pas entièrement fausse. Sur Zeltros, les émotions ne sont pas des fautes à dissimuler. Elles sont une chaleur commune, une musique, une forme de sincérité que l’on partage même lorsqu’on ment avec élégance. J’ai grandi dans ce monde-là. Un monde de fêtes, de parfums, de tissus précieux, de rires au bord des fontaines, de corps qui dansent jusqu’à l’aube et de conversations qui peuvent sembler légères alors qu’elles changent parfois le destin de familles entières.

Je viens d’un palais où le plaisir n’était pas une honte.

Je viens d’une cour où l’on apprend à sourire avant d’apprendre à se défendre, parce qu’un sourire bien placé peut éviter une humiliation, ouvrir une porte, obtenir une confidence ou provoquer une guerre silencieuse entre deux familles nobles. Je viens d’un monde où l’on sait que l’influence est un art, que le désir est une langue, que la beauté est une force politique quand elle est portée avec assez d’intelligence.

Et me voilà sur Manaan, devant des maîtres qui parlent de détachement, de maîtrise, de discipline, de service.

Je ne sais pas encore si l’univers possède un sens de l’humour, mais si c’est le cas, il n’est pas subtil.

Je n’ai pas rejoint l’Ordre Jedi comme on répond à une vocation longtemps mûrie. Je ne suis pas venue frapper aux portes de l’Académie avec l’humilité d’une âme appelée par la Force. On m’a présentée au Conseil. La nuance est importante. J’étais moins une candidate qu’une découverte embarrassante, presque une curiosité diplomatique : une jeune aristocrate zeltronne, sensible à la Force, issue d’une famille influente, révélée au milieu d’un banquet après avoir perdu le contrôle de ses émotions devant une assemblée entière.

Je n’avais rien demandé.

Je ne dis pas cela pour me plaindre. Ou peut-être un peu.

J’avais une vie sur Zeltros. Une vie confortable, luxueuse, brillante, pleine de promesses agréables. J’avais un nom. Une place. Des invitations que l’on ne refuse pas, des regards qui me suivaient, une tante qui veillait à ce que la maison Pendar ne tombe jamais dans l’oubli, et assez de liberté pour croire que je pourrais toujours choisir ce qui m’arrangeait. Quitter tout cela pour devenir novice dans un Ordre dont je ne comprenais ni les règles, ni les privations, ni la gravité m’a paru, au premier abord, parfaitement absurde.

Il a presque fallu me convaincre de l’intérêt de rester.

Je crois que le Conseil l’a compris. Les Jedi comprennent beaucoup de choses sans avoir la politesse de faire semblant de ne pas les voir. Ils m’ont parlé avec calme. Ils m’ont expliqué que ma sensibilité n’était pas simplement une excentricité zeltronne, ni un talent mondain un peu plus développé que la moyenne. Ils m’ont dit que ce que je ressentais, ce que je projetais parfois malgré moi, ce que j’influençais sans le vouloir, venait d’un lien plus vaste.

La Force.

Ce mot m’a suivie toute la journée.

Il m’agace déjà.

Non parce qu’il est laid. Il ne l’est pas. Il a même une certaine beauté, une simplicité presque dangereuse. Mais il donne un nom à des choses que je croyais miennes. Il prend mes intuitions, mes facilités, mes troublantes réussites, mes accidents émotionnels, et les rattache soudain à quelque chose de plus grand que moi. Beaucoup plus grand. Trop grand, peut-être.

Je ne suis pas certaine d’aimer cela.

J’ai toujours su que j’étais différente. Pas seulement belle, pas seulement persuasive, pas seulement douée. Différente. Lorsque j’entrais dans une salle, je percevais parfois la tristesse cachée derrière une plaisanterie, la jalousie sous une révérence, la colère dans une nuque trop raide. Je pouvais sentir le désir, la peur, l’attente. Et parfois, si mon humeur était assez forte, il me semblait que la salle entière respirait avec moi. Une joie pouvait se répandre. Une tension pouvait s’alourdir. Une peine pouvait contaminer des inconnus comme un parfum trop violent.

Sur Zeltros, on appelait cela du charme.

Les Jedi appellent cela un risque.

Je ne peux pas dire qu’ils aient tort.

Le banquet du palais l’a prouvé. Je voulais seulement m’amuser. Troubler un Padawan un peu trop sérieux, voir jusqu’où allaient cette retenue et ces grands principes que les Jedi portent comme des étoffes trop lourdes. Il m’a résisté. Mieux que je ne l’aurais cru. Mieux que je ne l’aurais accepté, surtout. J’en ai été blessée d’une manière ridicule, presque enfantine, et cette blessure m’a échappé.

Je me souviens encore du silence qui a suivi.

Les rires qui se brisent. Les visages qui se défont. Des convives qui se mettent à pleurer sans comprendre pourquoi. Une vague de tristesse partie de moi, projetée sur toute l’assemblée avec une force que je n’avais jamais choisie. Ce n’était pas une stratégie. Ce n’était pas une séduction. Ce n’était même pas une colère digne.

C’était moi, sans contrôle.

Je crois que c’est à cet instant que le Chevalier Kaelan Doran a vu ce que personne n’avait voulu nommer. Après cela, tout s’est enchaîné avec une rapidité qui me paraît encore irréelle. Des discussions avec ma tante. Des recommandations. Des mots prudents. L’idée que je devais être formée. L’idée que ne pas l’être pourrait devenir dangereux.

Dangereux pour moi.

Et peut-être pour les autres.

Alarene a accepté.

Ma tante n’est pas une femme que l’on convainc facilement. Elle est droite, austère, parfois dure. Elle a toujours porté la maison Syvren et la lignée Pendar comme on porte une armure parfaitement polie. Depuis la mort de mes parents, elle a veillé sur moi avec une affection qui préfère les décisions aux embrassades. Elle m’a donné une éducation, un nom intact, une place auprès de la cour, un avenir. Je lui en ai voulu, parfois, de confondre l’amour avec le contrôle. Mais aujourd’hui, alors que je me retrouve à des mondes de Zeltros, je comprends peut-être un peu mieux la solitude de ceux qui doivent choisir pour une enfant qui a déjà trop perdu.

Mes parents. Selenya et Marov Pendar.

Je n’avais que six ans lorsqu’ils sont morts. Officiellement, un accident de speeder. Une phrase propre pour une absence sale. Je n’ai jamais su quoi faire de cette mort. Elle est restée là, sous les tapis somptueux de mon enfance, sous les robes, les leçons, les fêtes, les sourires. Un trou recouvert de beauté. Je me souviens de ma mère par fragments : une voix, une main, une douceur attentive. Mon père, lui, me revient souvent comme une présence plus silencieuse, plus stable, une sorte de calme que je n’ai jamais réussi à imiter.

Je ne sais pas s’ils auraient voulu cela pour moi.

Je ne sais pas s’ils m’auraient laissée partir.

Je ne sais pas s’ils auraient été fiers.

Ces questions me dérangent davantage que je ne veux l’admettre.

Nubii Paniso, elle, n’était pas favorable à mon départ. Je l’ai senti avant même qu’elle ne parle. Nubii n’a jamais aimé perdre le contrôle d’une chose qu’elle avait entrepris de former. Elle fut ma préceptrice, ma maîtresse d’armes, la figure la plus exigeante de mon éducation. Une Zabrak dure, précise, fascinante dans sa sévérité. Là où la cour m’apprenait les nuances, elle m’apprenait l’impact. Là où les salons me montraient comment obtenir, elle m’enseignait comment survivre si l’élégance échouait.

Avec elle, j’ai appris le Tendak. J’ai appris que mon corps pouvait être une arme sans cesser d’être une danse. J’ai appris la vitesse, la souplesse, l’esquive, l’équilibre. Puis j’ai choisi le fouet de choc, parce qu’il était difficile, dangereux, magnifique dans sa cruauté technique. Une arme qui refuse la médiocrité. Une arme qui punit l’imprécision. Une arme qui exige de celui qui la manie qu’il accepte le risque de se blesser lui-même.

Cela me correspondait assez bien.

Nubii disait que j’avais des réflexes hors du commun. Que je devais cesser de disperser mon esprit dans les émotions des autres. Que je devais maîtriser ce qui débordait. Je croyais qu’elle parlait de mon tempérament. De ma fougue. De mon goût pour les plaisirs, les défis, les provocations. Aujourd’hui, après ce que Maître Dreis m’a montré, je me demande si elle savait déjà que ce débordement avait un autre nom.

Maître Dreis. Je ne sais pas encore quoi penser de lui.

Il m’a reçue après le Conseil. Pas comme un juge. Pas comme un courtisan non plus, ce qui aurait été plus confortable. Il a cette manière de ne pas remplir le silence, comme s’il considérait qu’un silence peut être plus instructif qu’une réponse. J’ai trouvé cela irritant. J’ai donc parlé. Beaucoup. Trop, sans doute. Mais il faut reconnaître que les Jedi offrent un terrain magnifique à la contradiction.

J’ai remis en cause l’utilité de l’Ordre.

Je l’ai fait avec l’assurance déplacée d’une jeune femme qui connaît mieux les salons diplomatiques que les champs de bataille, mais qui n’a jamais aimé qu’on lui présente une institution comme une évidence. Si les Jedi sont les gardiens de la paix, pourquoi la galaxie brûle-t-elle encore ? S’ils servent les innocents, pourquoi les voit-on si souvent dans les palais, les Conseils, les ambassades, auprès de ceux qui ont déjà des gardes, des flottes et des voix pour parler à leur place ? S’ils se détachent des passions, comment prétendent-ils comprendre ceux qui vivent, aiment, souffrent, désirent et perdent ?

Je crois avoir été brillante. Je crains surtout d’avoir été impertinente.

Maître Dreis ne m’a pas interrompue. C’était presque déstabilisant. Sur Zeltros, lorsqu’on provoque quelqu’un avec assez d’élégance, il répond, se défend, s’emporte ou s’incline. Lui, il écoutait. Réellement. Comme si mes objections ne le blessaient pas, mais l’intéressaient. J’ai donc continué. J’ai demandé si les Jedi n’étaient pas simplement une aristocratie morale. Non pas une noblesse du sang, mais une noblesse de la certitude, convaincue de mieux savoir que les autres ce qui est juste parce qu’elle prétend entendre une voix que personne ne peut vérifier.

Dit maintenant, c’est plus violent que dans mon souvenir. Lui n’a pas semblé offensé.

Il m’a seulement demandé si je pensais qu’une chose devait être inutile parce qu’elle ne réussissait pas toujours.

Je n’ai pas aimé cette question.

Il m’a parlé de l’Ordre non comme d’une perfection, mais comme d’une tentative. Une main tendue dans un univers où la violence trouve toujours des raisons d’exister. Il ne m’a pas dit que les Jedi sauvaient tout le monde. Il n’a pas prétendu que leurs choix étaient toujours justes. Il a même admis l’échec avec une simplicité qui m’a déplu, parce qu’elle rendait mes attaques moins efficaces. Il m’a dit que la vraie question n’était pas de savoir si les Jedi méritaient l’admiration, mais si moi, Yzhali Pendar, j’étais capable d’agir lorsque quelqu’un aurait besoin d’aide, même sans gloire, sans plaisir, sans témoin, sans récompense.

Je n’ai pas su répondre. C’est assez rare pour être consigné.

Puis il a commencé à m’enseigner.

Pas vraiment une leçon complète. Plutôt une ouverture. Un premier pas, comme on entrouvre une porte sur un paysage tellement vaste qu’on regrette aussitôt d’avoir voulu regarder.

Maître Dreis m’a demandé de fermer les yeux. Je m’attendais à une méditation austère, à des paroles abstraites, à une de ces expériences symboliques dont les sages raffolent. Au début, ce fut presque cela. Le souffle. Le calme. Le bruit de l’océan de Manaan quelque part au-dessous de l’Académie. Les battements de mon cœur, trop rapides. Les émotions résiduelles de la journée, encore accrochées à moi comme les parfums d’une fête qui aurait mal fini.

Puis quelque chose s’est ouvert. Je ne sais pas comment le dire autrement.

Ce n’était pas une vision au sens des contes. Pas un rêve. Pas une hallucination. C’était plutôt comme si tout ce que j’avais toujours senti de manière confuse — les émotions, les tensions, les élans, les peurs, les désirs — n’était qu’une écume à la surface d’un océan immense. Et soudain, pendant un instant, je n’ai plus perçu seulement les vagues. J’ai senti la profondeur.

La Force n’était pas en moi. J’étais en elle.

Cette idée me terrifie encore pendant que je l’enregistre.

Je me suis sentie minuscule. Non pas insignifiante, mais reliée à trop de choses pour continuer à prétendre que je n’étais qu’une jeune noble contrariée par un changement de décor. Il y avait les vies dans l’Académie. Les courants invisibles entre les êtres. La fatigue d’un technicien derrière une cloison. La concentration d’un novice à l’autre bout du bâtiment. Des souvenirs qui ne m’appartenaient pas. Des peurs qui n’étaient pas les miennes. Et plus loin, bien plus loin, quelque chose de vaste, de vivant, de lumineux sans être doux.

Ce n’était pas confortable.

Sur Zeltros, la connexion aux autres est souvent chaude. Enveloppante. Parfois envahissante, mais familière. Là, c’était différent. La Force ne flattait rien. Elle ne me disait pas que j’étais belle, importante, désirée ou spéciale. Elle était. Simplement. Immense. Ancienne. Présente dans chaque respiration et pourtant impossible à posséder.

Je crois que j’ai compris, pour la première fois, pourquoi les Jedi parlent avec autant de gravité.

Puis Maître Dreis m’a fait entrevoir l’autre versant.

Le côté obscur.

Je n’aurais pas dû être curieuse. Mais je le suis toujours.

Je lui avais demandé si les émotions étaient vraiment si dangereuses. Si la colère, la peur, le désir, l’ambition devaient être traités comme des ennemis alors qu’ils font partie de la vie. Je lui ai dit, peut-être trop sèchement, qu’un monde sans passion devait être très commode pour ceux qui ne savent pas aimer correctement. Il n’a pas répondu tout de suite. Il m’a seulement demandé de regarder plus profondément ce que devient une émotion lorsqu’elle cesse d’être ressentie et commence à dévorer.

Alors j’ai senti l’abîme.

Pas longtemps. Une seconde, peut-être moins. Suffisamment.

Ce n’était pas seulement de la colère. La colère, je la comprends. La tristesse aussi. Le désir, la peur, la jalousie, la honte : tout cela m’est familier. Le côté obscur n’était pas une émotion. C’était une faim derrière l’émotion. Une torsion. Une manière de prendre une blessure et d’en faire un trône. De regarder l’univers non plus comme un lien, mais comme une matière à plier, à posséder, à punir. J’ai senti quelque chose de froid, et pourtant brûlant. Une promesse de puissance qui ressemblait à une caresse posée sur une plaie ouverte.

J’ai reculé. Physiquement, je crois.

Maître Dreis a posé une main sur mon épaule, ou peut-être seulement dans la Force. Je ne sais plus. Ce n’était pas violent. Ce n’était pas intrusif. C’était une présence ferme, comme une rambarde au bord d’un gouffre.

Il m’a dit que les émotions ne sont pas le côté obscur.

Que les nier ne suffit pas à être lumineux. Que les suivre aveuglément peut pourtant devenir une chute.

Je crois que c’est la première chose qu’un Jedi m’ait dite et que je n’ai pas eu envie de contredire immédiatement.

Cela ne signifie pas que je suis convaincue.

Je reste Yzhali Pendar. Je ne deviendrai pas un bloc de sérénité après une seule conversation, aussi impressionnante soit-elle. Je continue de penser que les Jedi ont une relation étrange avec les sentiments. Je continue de croire que le plaisir n’est pas une faute, que la joie peut sauver, que l’amour des belles choses n’empêche pas la bonté, et qu’une robe somptueuse n’a jamais empêché personne de faire preuve de courage.

Mais je comprends mieux la peur qui se cache derrière leurs mises en garde.

Ce qui est en moi n’est pas seulement un talent utile pour obtenir un sourire ou éviter une dispute. Ce n’est pas seulement une intuition mondaine, ni un raffinement zeltron. C’est une ouverture. Et une ouverture peut laisser passer la lumière comme elle peut laisser entrer quelque chose de bien plus sombre.

Je ne sais pas si j’aime Maître Dreis.

Pas encore. Mais je crois que je pourrais apprendre de lui.

C’est plus inquiétant que je ne l’aurais cru.

Il ne m’a pas flattée. Il n’a pas cherché à m’impressionner. Il ne m’a pas demandé de renier Zeltros, ni ma nature, ni ma joie, ni ma sensualité, ni mon goût pour le monde vivant. Il ne m’a pas dit que je devais cesser d’être moi-même pour devenir Jedi. Il m’a seulement fait comprendre que si je continuais à utiliser ce que je suis sans le comprendre, alors un jour, ce que je suis pourrait me dépasser.

Et dépasser les autres avec moi. Je crois que c’est pour cela que je vais rester.

Pas parce que je suis soudain devenue humble. Ce serait une fiction ridicule.

Pas parce que je méprise ma vie d’avant. Je l’aime encore. J’aime Zeltros. J’aime ses lumières, son insolence, sa générosité, son abandon au plaisir. J’aime les jardins du palais, les balcons ouverts sur les fêtes, les voix qui s’entremêlent, les robes que l’on choisit pour être inoubliable, les rires qui guérissent parfois mieux que les discours. Je ne veux pas devenir quelqu’un qui regarderait tout cela avec dédain depuis une tour de sagesse.

Mais peut-être que je peux apprendre à aimer tout cela sans y être enchaînée.

Peut-être que je peux devenir plus qu’une héritière bien née, plus qu’une séductrice adroite, plus qu’une élève douée de Nubii Paniso, plus qu’une nièce que l’on protège ou que l’on expose selon les besoins d’une famille.

Peut-être que la Force m’a suivie jusqu’ici depuis longtemps.

Et peut-être que je suis en retard au rendez-vous.

< Yzhali baisse les yeux. Pendant un instant, son visage perd son éclat de façade. Elle paraît plus jeune. Presque inquiète. >

Je pense à ma tante.

Je me demande si Alarene dort mieux ce soir en me sachant ici, ou si elle regrette déjà d’avoir laissé les Jedi m’emmener. Je pense à Nubii, à son regard fermé lorsque mon départ est devenu certain. Je pense à Vad, aux salons, aux fêtes que je manque déjà, à tous ceux qui doivent commenter mon absence avec cette délicieuse cruauté propre aux cours qui s’ennuient.

Je pense surtout à mes parents.

Si la Force existe comme Maître Dreis me l’a montré, alors peut-être que rien ne disparaît entièrement. Peut-être que l’amour qu’ils m’ont donné n’est pas seulement un souvenir enfermé dans l’enfance. Peut-être qu’il est encore quelque part dans ce courant immense, mêlé à tout le reste. Cette pensée est probablement naïve.

Je la garde quand même.

Demain, je commencerai réellement ma formation.

On m’apprendra sans doute à respirer correctement, à écouter, à me taire plus souvent, ce qui promet d’être l’épreuve la plus difficile de mon parcours. On m’apprendra à sentir la Force sans m’y perdre, à ne pas confondre empathie et intrusion, désir et volonté, intuition et vérité. On m’apprendra peut-être à tenir un sabre laser avec moins d’orgueil que je ne tiens mon fouet.

Je n’ai aucune idée de ce que je deviendrai.

Je ne sais pas si je serai une bonne novice. Je ne sais pas si l’Ordre aura la patience de composer avec moi, ni si j’aurai la patience de composer avec lui. Je suis trop curieuse, trop fière, trop sensible, trop attachée à ce que j’aime. Je suis déterminée quand une cause m’intéresse, insupportable quand elle ne m’intéresse pas. Je déteste l’inconfort, la saleté, la médiocrité des vêtements mal coupés et les gens qui confondent austérité et profondeur.

Voilà. Si l’on doit m’archiver, autant le faire honnêtement.

Mais je suis aussi capable d’aimer profondément. De défendre ceux qui souffrent. De sentir une injustice comme une brûlure sur ma propre peau. De monter au front quand quelqu’un que j’aime est menacé. De refuser qu’on écrase ce qui est fragile simplement parce que c’est facile. Et si Maître Dreis a raison, si la Force n’est pas un pouvoir mais un lien, alors peut-être que mes défauts et mes dons viennent de la même source.

Peut-être qu’il ne s’agit pas de m’éteindre.

Peut-être qu’il s’agit d’apprendre à brûler sans tout consumer.

< Elle esquisse un sourire plus doux, moins assuré qu’au début. >

Je m’appelle Yzhali Pendar.

Fille de Zeltros.
Nièce d’Alarene Syvren.
Élève de Nubii Paniso.
Héritière d’un nom endeuillé.
Empathe, séductrice, combattante, orgueilleuse, curieuse, beaucoup trop bavarde selon des standards qui ne sont pas encore les miens.

Et désormais, novice de l’Ordre Jedi. Je ne suis pas venue chercher une vocation.

Mais peut-être qu’elle m’a trouvée avant que je sois prête.

< Un silence. Yzhali reste immobile, les yeux fixés sur l’enregistreur. Puis elle incline légèrement la tête, comme si elle s’adressait à une version future d’elle-même. >

Si je regarde un jour cette archive et que je ris de ma propre arrogance, ce sera sans doute bon signe.

Si je la regarde et que je ne reconnais plus rien de moi, alors j’espère avoir au moins gardé assez de vérité pour me souvenir de cette soirée.

Ce soir, j’ai vu la Force. Et j’ai vu l’abîme.

Je ne sais pas encore lequel des deux m’effraie le plus.

< L’hologramme grésille doucement, puis s’éteint. >