Fin avril +98 ABY
Je ne sais pas à quel moment précis cela a commencé. J’étais en mouvement, concentrée, presque… trop concentrée. Mon corps répétait la forme, le rythme, les coups, comme si la mémoire du sabre était plus fiable que ma tête. Et pourtant, sous la surface, quelque chose a remué. Un lien enfoui, comprimé depuis des mois, s’est mis à vibrer, à se tendre, à gonfler comme une vague. Ce n’était pas une présence rassurante. C’était de la peur. Une peur froide, dense, qui venait de très loin et qui avait pourtant la sensation d’être déjà en moi.
Je frappais en croix, une série simple, propre, et soudain l’espace autour de moi a changé. Pas entièrement, juste assez pour me faire douter de mes yeux. J’ai vu, l’espace d’un battement de cœur, un homme humain en tenue de l’Alliance, si proche que j’aurais juré sentir sa chaleur. Puis l’image a glissé comme un voile qu’on arrache, et mon regard a accroché un Chevalier impérial, rigide, menaçant, que je repoussais d’une poussée de Force. Mais ce détail m’a terrifiée : ce n’était pas ma main que je voyais. Dans cette vision, la main qui se tendait n’était pas la mienne. C’était celle d’un homme, plus large, plus lourde, portant des gantelets aux avant-bras. J’ai senti la discordance comme un coup dans la poitrine. J’étais moi, et je n’étais pas moi.
Et au milieu de ces images, il y avait la boîte.
Je ne la voyais pas toujours, mais je la sentais. Elle existait dans la vision comme une présence compacte, lourde, saturée. Elle dégageait quelque chose d’absolu, un goût de fin, une certitude. Pas une menace vague. Pas un danger à éviter. Une fatalité. De la mort. Et cette mort n’était pas seulement physique : elle avait quelque chose d’immense, comme si elle voulait tout éteindre, tout raser, tout faire taire.
J’ai tendu mes mains devant moi pour dresser un bouclier. Un vrai. Pas un réflexe, pas une tentative. J’ai senti la Force se rassembler, se comprimer contre ma peau, vibrer jusque dans mes os. Pendant une seconde, j’ai tenu. Une seconde pure, suspendue, où j’ai cru que j’étais assez forte. Et puis le doute est venu, brutal. Le doute, la frustration, cette pensée glaciale : je ne pourrai pas. J’ai senti mon bouclier faiblir, se fissurer, comme un verre sous pression. J’ai vu, je l’ai vu... mes protections se faire détruire, comme si on les arrachait une à une, et la panique a explosé en moi.
J’ai pensé : je vais mourir.
C’était une certitude tranquille, presque administrative, et c’est ce qui m’a donné cette idée absurde, cette solution désespérée qui ressemble à un sacrifice. J’ai dirigé la Force dans tout mon corps. Pas autour. Pas devant. Dedans. Comme si je pouvais transformer mes organes, mes muscles, mon sang en un seul mouvement. J’ai senti une accélération impossible, comme si le monde se déchirait pour me projeter ailleurs. La vitesse m’a avalée. Une douleur violente a éclaté dans mon dos, dans ma cage thoracique, dans chaque articulation. J’ai eu l’impression que mes os se brisaient un à un.
Puis il y a eu la chute.
Je me suis sentie expulsée hors du bâtiment, jetée dans le vide, et je me suis écrasée. Le sol m’a arraché l’air. J’ai eu le goût métallique du sang dans la bouche. Et les gravats sont tombés autour de moi au ralenti, comme une pluie lourde et inévitable. J’ai compris, avec une clarté terrible, que c’était fini. Que je n’avais plus rien à opposer. Que je n’étais qu’un corps en train de perdre.
Mes pensées sont allées vers les Jedi. Vers ceux que j’avais connus. Vers ceux que j’avais aimés. Et il y a eu un moment étrange, presque doux, où j’ai senti mes muscles du visage se contracter malgré moi. J’ai souri. Pas un sourire heureux. Un sourire… résigné. Comme si une part de moi acceptait enfin de ne plus lutter.
Je me suis dit : Après tout… ce n’est pas si mal.
Et j’ai fermé les yeux.
Puis une morsure de glace m’a transpercée le cerveau. Quelque chose de brutal, net, inhumain. Et tout a basculé dans l’obscurité.
Durant toute cette expérience, j'ai eu l'impression de vivre les gestes, les techniques de Maître Dreis à travers ses yeux... Quand je suis revenu à moi, je pouvais de nouveau me connecter avec la Force... alors que j'étais bloquée auparavant... c'était comme si tous les flux de Force environnant avaient été dirigés vers moi...
Depuis ce jour... je revois cette scène horrible encore et encore, dans mes transes profondes, dans mes rêves...
Je pense que la Force essaye de me faire comprendre quelque chose d'important... je croyais que c'était une mise en garde, maintenant, je crois que j'ai vu tout ça en instantané.
J'espère sincèrement que cette transcription aidera à retrouver mon très cher Maître, et je me met à votre disposition pour prendre part à ces recherches.
Par la même occasion, je sollicite le Conseil pour savoir comment reprendre ma place au sein de l'Ordre et comment reprendre ma formation dans l'attente de retrouver Maitre Dreis.
Padawan Yzhali Pendar - rapport rédigé le 31 mai +98 ABY